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La liberté humaine et l'origine du mal

Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling · XIXe siècle

Thèse

Si la liberté est réelle, elle doit être la capacité effective de choisir aussi bien le mal que le bien. Or cette possibilité doit avoir une racine, et Schelling la situe jusque dans l'être de Dieu lui-même : un fond obscur, antérieur à toute existence déterminée, dont la lumière de la raison divine ne s'est jamais entièrement détachée – et qui rend le mal humain, aussi terrible soit-il, une possibilité authentiquement réelle plutôt qu'une simple erreur ou un manque.

« [La liberté doit être définie] comme pouvoir du bien et du mal. […] Pour que le mal ne soit pas, il faudrait que Dieu lui-même ne fût point. » – Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine, 1809.

Exemples

  • Le criminel et le saint : les deux agissent à partir de la même liberté fondamentale, celle qui permet de faire consciemment le mal ou le bien. Nier au criminel toute liberté réelle – en réduisant son acte à un pur déterminisme psychologique ou social – reviendrait, pour Schelling, à nier du même coup la liberté du saint.
  • Le fond obscur en l'homme : l'angoisse que ressent parfois un homme par ailleurs bon, face à la possibilité du mal en lui-même, n'est pas pour Schelling un accident psychologique, mais la manifestation de ce fond obscur commun à toute créature libre, y compris la plus vertueuse.

Notes

Rompt avec l'idéalisme allemand antérieur (Fichte, sa propre philosophie de l'identité) en assignant au mal une réalité positive plutôt qu'une simple négation. Schelling a été profondément lu par Kierkegaard, qui assista aux cours berlinois de Schelling, et par Heidegger, qui lui consacra un séminaire entier.

Débat

Hegel : faire du mal une possibilité enracinée jusqu'en Dieu lui-même relève encore d'une intuition immédiate, non d'une déduction rigoureuse par le travail du concept. Kant : le mal s'explique suffisamment par un usage pervers de la liberté humaine dans l'ordre moral, sans qu'il soit nécessaire de le faire remonter jusqu'à un fond obscur en Dieu. Kierkegaard : cette angoisse devant la possibilité du mal, que Schelling situe dans la liberté elle-même, est bien davantage une expérience vécue par l'individu singulier qu'un moment à intégrer dans un système spéculatif.