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La Nature comme sujet en devenir

Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling · XVIIIe siècle

Thèse

Contre Fichte, qui réduit la nature à un simple Non-Moi, une limite extérieure posée par l'activité du Moi, Schelling soutient que la nature est elle-même un sujet : un esprit encore inconscient de lui-même, engagé dans un processus de développement qui le conduit, à travers la matière puis l'organisme, à se reconnaître progressivement comme esprit. Nature et esprit ne sont donc pas deux réalités hétérogènes, mais les deux faces, visible et invisible, d'une seule et même activité productrice.

« La nature doit être l'esprit visible, l'esprit la nature invisible. » – Idées pour une philosophie de la nature, 1797.

Exemples

  • L'organisme vivant : contrairement à une machine, dont les parties sont assemblées de l'extérieur par un horloger, un organisme se produit lui-même, chaque partie existant pour et par le tout. La nature entière, selon Schelling, doit être pensée sur ce modèle plutôt que sur celui du mécanisme.
  • Le contraste avec Fichte : chez Fichte, la résistance du monde n'est qu'une limite que le Moi s'impose à lui-même ; chez Schelling, cette résistance a sa propre productivité, sa propre histoire, antérieure et indépendante de toute conscience individuelle.

Notes

Répond directement à Fichte, dont le système, selon Schelling, ne peut expliquer la nature que comme un obstacle extérieur au Moi, non comme une réalité productive et vivante par elle-même. Annonce aussi, par cette figure d'un esprit qui se découvre progressivement lui-même à travers la nature, certains motifs de la Phénoménologie de l'esprit de Hegel.

Débat

Fichte : faire de la nature un sujet producteur revient à réintroduire subrepticement un dogmatisme spinoziste, une substance indépendante du Moi, alors que toute réalité doit pouvoir être déduite de la seule activité du Moi. Hegel : cette identité de la nature et de l'esprit reste affirmée par une intuition immédiate plutôt que démontrée par le travail patient du concept. Bergson : réduire la vie et la nature à un déploiement nécessaire vers la conscience méconnaît la part de contingence et d'invention réelle qui caractérise l'élan créateur du vivant.