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Le Moi et le Non-Moi : la dialectique originelle

Johann Gottlieb Fichte · XVIIIe siècle

Thèse

Après avoir posé le Moi absolu, Fichte doit expliquer comment ce Moi rencontre une résistance, un monde qui ne se réduit pas à lui. Il introduit pour cela un second principe, opposé au premier : le Moi oppose à lui-même un Non-Moi. Le troisième principe consiste alors à faire de ce Moi et de ce Non-Moi deux termes qui se limitent réciproquement au sein d'un Moi divisible – ni le Moi ni le Non-Moi n'existent seuls dans l'absolu, ils se déterminent l'un l'autre. Cette triade – position, opposition, synthèse – est la matrice logique que Hegel reprendra et transformera dans sa propre dialectique.

« Le Moi se pose comme déterminant le Non-Moi. » – Fondement de toute la Doctrine de la science, 1794.

Exemples

  • La perception d'un obstacle : lorsque je me heurte à un mur, cette résistance n'est pas la preuve d'un monde totalement indépendant du Moi, mais l'occasion par laquelle le Moi absolu se limite lui-même et devient conscience empirique d'un monde extérieur.
  • Le Moi divisible : le Moi absolu et infini du premier principe n'est jamais donné tel quel dans l'expérience – ce que nous vivons, c'est toujours un Moi fini, limité par un Non-Moi tout aussi fini, les deux se définissant réciproquement l'un par l'autre.

Notes

Les trois principes fondateurs de la Doctrine de la science sont à mettre en regard avec la dialectique hégélienne, qui hérite de cette logique ternaire tout en récusant le caractère selon elle trop figé de l'opposition fichtéenne entre les termes.

Débat

Schelling : réduire le Non-Moi à une simple limitation posée par le Moi revient à nier toute autonomie réelle à la Nature, qui doit au contraire être pensée comme un sujet-objet à part entière, et non comme un simple obstacle opposé au Moi. Hegel : dans cette opposition, Moi et Non-Moi restent extérieurs l'un à l'autre, alors qu'une véritable dialectique exige que les termes se transforment mutuellement et se dépassent dans une unité plus riche, non qu'ils se limitent simplement de l'extérieur. Kant : postuler un Moi absolu qui produirait par sa propre activité jusqu'à la résistance du monde extérieur excède ce que l'entendement humain peut légitimement connaître, et confond l'usage régulateur de la raison avec une prétendue connaissance constitutive de l'absolu.