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Le Moi se pose lui-même

Johann Gottlieb Fichte · XVIIIe siècle

Thèse

Pour fonder la philosophie sur un principe absolument premier, indémontrable, Fichte part d'un acte plutôt que d'un fait : le Moi n'est pas une chose que l'on découvre, mais une activité qui se constitue elle-même en se posant. Contrairement à une pierre, qui est sans avoir à se poser, le Moi est parce qu'il se pose lui-même comme étant : son existence et son acte de se poser ne font qu'un. Avant cet acte, il n'y avait tout simplement pas de Moi – la question d'un « avant » le Moi ne peut donc même pas être posée légitimement.

« Le Moi se pose soi-même. […] Avant que je fusse Moi, je n'étais absolument pas, car je n'étais pas Moi. » – Fondement de toute la Doctrine de la science, 1794.

Exemples

  • La pierre : une pierre existe, mais elle ne se pose pas elle-même comme existante – son être lui est simplement donné, sans qu'aucune activité de sa part n'y contribue. Elle est.
  • Le Moi : le Moi se pose lui-même comme existant. Il ne préexiste pas (en existant d'abord pour ensuite se poser) ; il est l'acte même de se poser.

Notes

Ce premier principe radicalise le sujet transcendantal kantien en en faisant non plus une simple condition de possibilité de la connaissance, mais l'acte fondateur de toute réalité.

Débat

Kant : le concept d'un Moi qui se pose absolument excède les limites de la raison théorique, puisqu'il prétend connaître une activité inconditionnée que la Critique réserve au seul usage pratique de la raison. Hegel : l'autoposition du Moi reste une position abstraite et vide tant qu'elle ne se médiatise pas concrètement à travers l'histoire et la reconnaissance d'autrui. Schelling : le Moi absolu de Fichte demeure prisonnier du sujet et ne peut rendre compte de la Nature comme réalité autonome, non réductible à une simple limite posée par l'activité du Moi.