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L'amitié comme vertu

Aristote · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

On appelle « ami » aussi bien un collègue qu'on apprécie qu'un compagnon de toujours – comme si l'amitié n'avait qu'un seul visage. Aristote en distingue pourtant trois formes bien différentes : l'utilité (je te fréquente parce que tu m'es utile), le plaisir (parce que ta compagnie m'est agréable), et la vertu. Seule cette dernière est une véritable amitié : elle repose sur l'admiration mutuelle de la valeur morale de l'autre, et non sur ce qu'il nous apporte – c'est pourquoi elle seule dure, les deux premières s'effaçant dès que l'utilité ou le plaisir disparaissent.

« L'ami est un autre soi-même. » – Éthique à Nicomaque

Exemples

  • Amitié fondée sur l'utilité : des associés, des collègues... Chacun apprécie l’autre pour l’avantage qu’il en retire. Le lien cesse lorsque l’utilité disparaît.
  • Amitié fondée sur le plaisir : courante chez les jeunes, dans les loisirs… Chacun apprécie l’autre parce que sa compagnie est agréable. Elle peut s’éteindre lorsque les goûts changent.
  • Amitié fondée sur la vertu : elle inclut utilité et plaisir, mais les dépasse – c'est la forme la plus élevée et la plus rare. Chacun aime l'autre pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour sa valeur morale, son caractère vertueux. Les amis souhaitent mutuellement le bien de l'autre sans rechercher d'avantage personnel : c'est précisément ce qui la rend la plus durable.

Notes

Aristote considère l'amitié fondée sur la vertu comme l’amitié véritable. Il estime que les amis vertueux sont « des autres soi-mêmes » : en aimant son ami, on reconnaît et on apprécie chez lui les mêmes qualités morales que l’on cherche à cultiver en soi. Pour Aristote, l’amitié n’est pas seulement un sentiment privé. Elle est aussi essentielle à la vie humaine et à la cité. Même une personne heureuse et vertueuse a besoin d’amis, car la vie bonne se réalise dans les relations avec autrui.

Débat

Montaigne : la vraie amitié est inexplicable et totale – la vertu n'en est pas la condition, c'est une rencontre mystérieuse. Derrida : l'amitié est fondamentalement asymétrique et traversée par le deuil – elle n'est jamais vraiment réciproque.