La vertu est un juste milieu entre deux excès
Thèse
La vertu morale n'est ni un sentiment ni une simple aptitude naturelle : c'est une disposition stable du caractère, acquise par l'habitude, qui consiste à choisir la mesure entre deux excès contraires – un défaut et un excès – relativement à nous-mêmes, et non selon une moyenne arithmétique absolue. Le courage, par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité ; la générosité, entre l'avarice et la prodigalité. Ce milieu n'est ni fixe ni identique pour tous : il dépend des circonstances, de la personne, du moment, et c'est précisément le rôle de la prudence (phronèsis) que de le déterminer au cas par cas – comme un archer ajuste son tir selon la cible qu'il vise, non selon une règle unique valable en toute situation.
« La vertu est donc une disposition acquise volontaire, consistant par rapport à nous, dans la mesure, définie par la raison conformément à la conduite d'un homme réfléchi. Elle tient la juste moyenne entre deux extrémités fâcheuses, l'une par excès, l'autre par défaut. » – Éthique à Nicomaque, II, 5-6, 1106b-1107a
Exemples
- Le courage. Face au danger, celui qui fuit systématiquement par excès de peur est lâche ; celui qui se jette tête baissée sans mesurer le risque est téméraire, non courageux. Le courage véritable se tient entre les deux : ressentir la peur qu'il faut ressentir, ni plus ni moins, et agir malgré elle quand la situation l'exige.
- La générosité. Celui qui accumule sans jamais rien donner est avare ; celui qui dilapide sans discernement est prodigue. Le généreux donne la bonne somme, à la bonne personne, au bon moment, pour la bonne raison – ni trop, ni trop peu.
Notes
Il ne faut pas confondre le juste milieu aristotélicien avec une moyenne arithmétique absolue et identique pour tous : la mesure est « relative à nous » – faire cinq repas par jour peut être excessif pour quelqu'un qui ne fait pas de sport, mais insuffisant pour un champion olympique. Le juste milieu se détermine au cas par cas, par la prudence, non par une formule universelle. Aristote parle aussi d'une "sage moyenne". Cette doctrine ne s'applique d'ailleurs qu'aux vertus morales : le meurtre ou l'adultère, précise Aristote lui-même, n'ont pas de « juste milieu » – ils sont mauvais en eux-mêmes, quelle que soit la mesure.
Débat
Kant : fonder la moralité sur une mesure variable selon les circonstances revient à la priver de toute nécessité universelle – le devoir doit valoir de la même façon pour tous. Nietzsche : cette recherche systématique de la mesure trahit une méfiance envers les grandes passions et les excès créateurs – les esprits vraiment supérieurs ne se mesurent pas, ils débordent. Mill : ce n'est pas la structure « ni trop ni trop peu » qui rend une disposition vertueuse, mais ses conséquences réelles sur le bonheur du plus grand nombre.