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Puissance et acte

Aristote · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Un gland n'est pas encore un chêne – mais ce n'est pas non plus n'importe quoi : il porte déjà en lui, latente, la possibilité de devenir chêne. C'est cette tension entre ce qu'une chose est déjà et ce qu'elle peut devenir qu'Aristote appelle puissance (l'être en puissance, indéfini, doué de possibilités latentes, en attente d'éclosion) et acte (l'être en acte, comme possibilité réalisée, doué de caractéristiques). Pour Aristote, la matière en puissance tend vers toujours plus d'acte, de spécificité. Tout ce qui contient de l'indétermination tend vers la détermination. Cette orientation, cette tension, ce désir, est d'ordre cosmologique, c'est un trait de l'être même : un effort vers autre chose que ce qui est, un appel vers toujours plus d'intelligibilité.

« L'acte est à la puissance comme celui qui bâtit est à celui qui a la capacité de bâtir. » – Métaphysique, Livre IX

Exemples

  • Le gland (en puissance) peut pousser et devenir un chêne (en acte).
  • Un enfant (en puissance) peut devenir adulte, lecteur, musicien (en acte).
  • Un bloc de marbre (en puissance) peut être taillé en dalles, en baignoire ou en statue (en acte).

Notes

Là où Platon place la perfection dans un monde séparé, Aristote la voit comme un accomplissement interne à chaque chose. Chaque chose, en s'actualisant, enrichit sa propre définition.

Débat

Hegel : la distinction puissance/acte est trop statique – le devenir dialectique est plus riche. Bergson : l'acte n'est pas simplement la réalisation d'une puissance préexistante – il crée du nouveau imprévisible.