Il faut pardonner à celui qui pense autrement, car c'est la nature qui l'a fait ainsi
Thèse
L'intolérance religieuse est absurde et contraire à la raison : aucun homme ne détient de vérité si certaine qu'il ait le droit de persécuter celui qui pense différemment, car c'est la nature elle-même – la diversité des tempéraments, des éducations, des circonstances – qui produit la diversité des opinions et des croyances. Puisque tous les hommes sont également faibles et ignorants face à l'immensité de l'univers, ils devraient s'entraider et se soutenir mutuellement plutôt que de s'entretuer pour des différences de doctrine.
« Quand vous seriez tous du même avis, ce qui certainement n'arrivera jamais, quand il n'y aura qu'un seul homme d'un avis contraire, vous devriez lui pardonner : car c'est moi qui le fais penser comme il pense. » – Traité sur la tolérance, 1763
Exemples
- L'intolérance : Jean Calas, protestant toulousain injustement accusé et roué en place publique en 1762 pour avoir prétendument tué son fils afin d'empêcher sa conversion au catholicisme – un exemple concret de fanatisme ayant conduit à une erreur judiciaire fatale.
- La tolérance : les religions sont comme des langues différentes. De même qu'on ne persécute pas un homme parce qu'il parle un autre dialecte que le sien, on ne devrait pas persécuter un homme parce qu'il prie Dieu selon d'autres rites que les siens.
Notes
Le texte naît de l'affaire Calas, dont Voltaire obtiendra la réhabilitation posthume – l'indignation face à un cas concret précède ici l'argument philosophique. Il rejoint la Lettre sur la tolérance de Locke sur la défense de la liberté de conscience.
Débat
Bossuet : l'unité de la foi est un bien supérieur à la paix civile, et l'autorité de l'Église, garante de la vérité révélée, a le droit et le devoir de contraindre les esprits égarés à y revenir. Locke : la tolérance doit s'étendre à toutes les confessions religieuses mais peut légitimement s'arrêter aux athées et aux catholiques, dont la loyauté envers l'État paraît compromise – une limite que Voltaire, plus radical, refuse. Rousseau : la tolérance civile ne suffit pas ; une société a besoin d'une « religion civile » minimale, fixant quelques dogmes simples partagés par tous les citoyens, sans quoi le lien social lui-même se dissout.