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Les quatre causes

Aristote · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Pourquoi une table existe-t-elle ? On peut répondre de plusieurs façons, toutes vraies à la fois : parce qu'elle est en bois (sa matière), parce qu'elle a la forme d'une table plutôt qu'un tas de planches (sa forme), parce qu'un menuisier l'a fabriquée (son agent), ou parce qu'elle sert à poser des objets à bonne hauteur (sa fin). Pour Aristote, expliquer pleinement pourquoi une chose existe exige de répondre aux quatre à la fois : la cause matérielle (de quoi ?), formelle (comment ?), efficiente (par quoi ?), finale (pour quoi ?). Parmi elles, il donne la prééminence à la cause finale : la matière, la forme et l'agent n'agissent véritablement qu'en vue de réaliser une fin, un accomplissement vers lequel toute chose tend naturellement.

« Nous ne pensons connaître une chose que lorsque nous avons saisi le pourquoi de cette chose. » – Physique, Livre II, chapitre 3, 194b17-20

Exemples

  • Cause matérielle : ce dont est faite une statue, par exemple de marbre.
  • Cause formelle : la forme de la statue, sa silhouette, ses angles, son dessin.
  • Cause efficiente : ce qui a créé la statue, à savoir le sculpteur et ses outils.
  • Cause finale : ce à quoi sert la statue, sa fonction honorifique et ornementale à l'intérieur d'un temple, par exemple.

Notes

Ce basculement vers la seule cause efficiente marque une rupture décisive avec l'Antiquité : la science moderne, depuis Galilée et Descartes, cherche moins pourquoi une chose existe que comment elle fonctionne. La statue du temple n'est plus interrogée sur sa fonction honorifique, seulement sur la manière dont le sculpteur a façonné le marbre. Ce choix méthodologique a rendu la physique plus rigoureuse, mais il a aussi relégué la finalité hors du champ de la science, ouvrant la voie à ce monde désenchanté que Nietzsche résumera par la formule « Dieu est mort » – un renoncement qu'Aristote, pour qui « la nature ne fait rien en vain », aurait jugé appauvrissant.

Débat

Hegel : les quatre causes sont trop statiques – il faut ajouter la dimension dialectique du devenir. Darwin : la finalité apparente du vivant s'explique par la sélection naturelle.