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En réalité, il n'y a que les atomes et le vide

Démocrite d'Abdère · Ve-IVe siècle avant notre ère

Thèse

Tout ce qui existe est composé d'atomes – des particules matérielles indivisibles, éternelles, en nombre infini – se mouvant dans le vide. Les qualités sensibles que nous percevons (le doux, l'amer, le chaud, le froid, les couleurs) n'existent pas en elles-mêmes dans les choses : elles ne sont que des effets produits sur nos organes par la forme, l'agencement et le mouvement des atomes. Le monde n'est donc, en vérité, rien d'autre que la combinaison mécanique et nécessaire d'une matière première et d'un espace vide – un matérialisme radical qui exclut toute finalité divine.

« Convention que le doux, convention que l'amer, convention que le chaud, convention que le froid ; en réalité il n'y a que les atomes et le vide. » – Fragment 125 (Diels-Kranz), cité par Sextus Empiricus

Exemples

  • Le miel paraît doux à l'homme sain et amer à l'homme malade de fièvre : la « douceur » n'est donc pas une propriété du miel lui-même, mais l'effet variable que produit l'agencement de ses atomes sur un corps donné – la qualité sensible est relative au sujet, non à la chose.
  • Deux objets peuvent sembler radicalement différents (l'eau liquide et la glace solide) alors qu'ils sont composés des mêmes atomes : seule la disposition et le mouvement de ces atomes changent, ce qui suffit à Démocrite pour expliquer toute la diversité apparente du monde sans invoquer de nouvelles substances.

Notes

Démocrite développe avec son maître Leucippe la première théorie atomiste de l'histoire de la philosophie, deux mille ans avant la physique atomique moderne. Nietzsche voyait en lui « le père de toutes les tendances des Lumières et du rationalisme » ; Marx lui consacra sa thèse de doctorat.

Débat

Platon : réduire toute réalité à des atomes matériels revient à nier l'existence des Idées intelligibles et du Bien, sans lesquels aucune connaissance ni aucune morale véritables ne sont possibles. Épicure : Démocrite a raison sur la structure atomique du monde, mais il a tort d'y voir une pure nécessité mécanique – il faut introduire un léger écart aléatoire (le « clinamen ») dans la trajectoire des atomes pour rendre compte de la liberté humaine. Aristote : nier toute qualité réelle aux choses et tout reporter sur la seule combinaison des atomes ne permet pas d'expliquer pourquoi certaines combinaisons donnent naissance à des formes stables et finalisées, comme les êtres vivants.