← Bibliothèque

L'être est, le non-être n'est pas

Parménide d'Élée · VIe-Ve siècle avant notre ère

Thèse

Contrairement à ce que nous disent les sens, la réalité véritable – l'Être – est unique, immobile, éternelle et pleine : l'Être ne peut ni naître, ni périr, ni changer, car cela supposerait qu'il vienne du non-être ou retourne au non-être – or le non-être, par définition, n'est pas et ne peut donc ni engendrer ni recevoir quoi que ce soit. Le mouvement, la pluralité et le changement que nous percevons ne sont que des apparences trompeuses ; seule la pensée rationnelle, en suivant la « voie de la vérité », peut atteindre l'Être véritable.

« [...] échappant à la génération, [l'Être] est en même temps exempt de destruction : car il est justement formé tout d'une pièce, exempt de tremblement et dépourvu de fin. Et jamais il ne fut, et jamais ne sera, puisque au présent il est, tout entier à la fois, un et un continu. » – Poème, fragment B8, trad. Jean-Paul Dumont

Exemples

  • Une pierre semble naître (on l'extrait du sol) et disparaître (elle s'érode) : pour Parménide, ce ne sont que des réarrangements apparents de l'Être, jamais une authentique création à partir de rien ni une authentique destruction vers rien.
  • Le raisonnement de Parménide fonctionne comme une preuve logique : si le non-être n'est pas, on ne peut ni le penser ni en parler ; toute affirmation de changement implique donc silencieusement l'existence de ce non-être impensable – la raison doit rejeter le changement comme illusoire.

Notes

Parménide est considéré comme le fondateur de l'ontologie occidentale (l'étude de l'Être en tant qu'Être). Son poème, dont il ne subsiste que des fragments transmis notamment par Simplicius, oppose la « voie de la vérité » (accessible à la seule raison) à la « voie de l'opinion » (fondée sur les sens trompeurs des mortels).

Débat

Héraclite : c'est au contraire le devenir, non l'immobilité, qui constitue la trame véritable du réel – l'Être fixe de Parménide est une abstraction qui ne rend pas compte de l'expérience du monde. Zénon d'Élée : les paradoxes du mouvement (Achille et la tortue) démontrent par l'absurde que le mouvement, tel que nous le concevons, est logiquement contradictoire – ce qui confirme la thèse de son maître. Aristote : Parménide a raison de vouloir fonder le discours sur l'être, mais il confond l'unité logique de l'Être avec une unité physique et matérielle – l'être se dit en plusieurs sens, et le changement n'implique pas nécessairement le passage par le pur néant.