Taoïsme : le temps du sage est cyclique, non linéaire
Thèse
Le Tao est le retour éternel – toutes choses naissent, s'accomplissent et reviennent à leur origine. Le sage ne combat pas les cycles – il les épouse. Contrairement à la vision occidentale du temps comme progrès linéaire vers un but, le taoïsme propose un temps circulaire où chaque fin est un recommencement, chaque vieillesse une gestation.
« Retourner à la racine s'appelle quiétude. Quiétude s'appelle retour à la destinée. » – Tao Te Ching, §16
Exemples
- Les saisons comme modèle : le printemps ne « progresse » pas vers l'automne – il fait partie d'un cycle que l'hiver clôt et rouvre. Vivre selon le Tao, c'est s'inscrire dans ces rythmes naturels plutôt que de les contredire par une ambition linéaire.
- Le mouvement du Tao comme retour : « Le retour est le mouvement du Tao » (Tao Te Ching, §40). Pour Laozi, tout mouvement va vers son terme puis revient vers son contraire : le jour cède à la nuit qui ramène le jour, la force poussée à l'extrême se retourne en faiblesse. Le temps n'avance donc pas vers un point final : il oscille et revient sans cesse sur lui-même.
Notes
La conception cyclique du temps est partagée par de nombreuses traditions non occidentales (hindouisme, bouddhisme) et trouve un écho chez Nietzsche (l'éternel retour) et Héraclite (le monde comme feu en perpétuel mouvement). Elle s'oppose à la vision judéo-chrétienne et moderne du temps comme histoire linéaire orientée vers un but.
Débat
Hegel : le temps n'est pas cyclique – il est dialectique, orienté vers la réalisation progressive de l'Esprit dans l'histoire. La vision taoïste est belle mais ignore le sens de l'histoire humaine. Aristote : le temps est la mesure du mouvement – mais le mouvement humain est orienté vers des fins, non circulaire. Nietzsche : l'éternel retour n'est pas une description physique du temps – c'est un impératif éthique (veux-tu que cet instant se répète infiniment ?).