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La mort ne nous concerne pas : quand elle est là, nous ne sommes plus

Épicure · Antiquité (IVe–IIIe siècle avant notre ère)

Thèse

La peur de la mort est irrationnelle – elle repose sur une confusion. La mort est l'absence totale de sensation. Or, c'est uniquement quand nous sommes vivants que nous pouvons souffrir ou jouir. Quand la mort est là, nous ne sommes plus – et nous ne pouvons donc pas en souffrir. La peur de la mort est la peur de quelque chose que nous n'éprouverons jamais.

« La mort n'est rien pour nous, car lorsque nous sommes, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, c'est nous qui ne sommes plus. » – Lettre à Ménécée

Exemples

  • La symétrie avant/après : nous n'avons pas souffert du néant qui précédait notre naissance – pourquoi souffririons-nous du néant qui suivra notre mort ? Le non-être avant et le non-être après sont strictement symétriques. Si l'un n'est pas effrayant, l'autre ne devrait pas l'être non plus.
  • La dissolution de l'angoisse : quelqu'un souffre d'angoisses nocturnes à l'idée de la mort. Épicure lui répond : dans cet instant d'angoisse, tu es vivant – la mort n'est pas là. Quand la mort sera là, tu ne souffriras plus – car tu ne seras plus. Il n'y a aucun moment où tu seras à la fois vivant et mort.

Notes

L'argument épicurien est logiquement solide – mais psychologiquement peu convaincant pour beaucoup : la peur de la mort n'est pas la peur de souffrir après, c'est aussi le deuil anticipé de ses proches et de soi. Lucrèce développera cet argument avec éloquence dans le De Rerum Natura.

Débat

Heidegger : la mort n'est pas un événement futur qu'on pourrait mettre à distance – elle est une structure de l'existence présente. Être-vers-la-mort, c'est vivre dans la conscience de sa finitude, ce qui est constitutif d'une existence authentique. Pascal : la mort n'est pas l'annulation de l'angoisse – c'est sa source. L'homme pense sa mort avant de la vivre, et c'est cela qui le distingue de l'animal. Sartre : Épicure évite le problème – la mort est l'absurdité radicale qui prive tout projet de sens définitif.