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Le temps n'existe que dans l'âme : passé, présent et futur sont des modes de l'attention

Augustin d'Hippone · IVe–Ve s. ap. J.-C.

Thèse

Le temps n'est pas dans les choses – il est dans l'âme. Le passé n'existe plus, le futur n'existe pas encore, seul le présent est. Mais l'âme distend ce présent en trois : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l'attention), le présent du futur (l'attente). Le temps est une distension de l'âme, non une propriété du monde extérieur.

« C'est en toi, mon âme, que je mesure le temps. » – Confessions, XI, 27, vers 400

Exemples

  • La mémoire comme présent du passé : quand je me souviens d'une mélodie entendue hier, le passé n'est pas là – c'est une image présente dans mon âme qui le représente. Le passé lui-même est révolu : seule son empreinte dans ma mémoire est réelle.
  • Je récite un poème – je tiens à la fois ce que j'ai dit (mémoire), ce que je dis (attention) et ce que je vais dire (attente). Ces trois dimensions sont simultanément présentes dans mon âme, non dans le temps objectif. C'est cette triple présence qui constitue l'expérience du temps.

Notes

Les Confessions (Livre XI) contiennent une analyse retentissante du temps, centrée sur l'idée que le temps est dans l'âme. On peut y voir en germe certaines concepts de Husserl (rétention/protention), Bergson (la durée intérieure) et Heidegger (la temporalité de l'existence).

Débat

Aristote : ancre le temps dans le mouvement objectif – le temps est la mesure du mouvement selon l'avant et l'après, pas une interiorité. Kant : le temps est une forme pure de la sensibilité – ni dans les choses (Aristote) ni seulement dans l'âme (Augustin), mais la condition de toute expérience possible. Husserl : la conscience du temps interne est la structure fondamentale de toute expérience.