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L'amour intellectuel de Dieu est la forme suprême de la joie

Baruch Spinoza · XVIIe siècle

Thèse

La sagesse culminante est l'amor intellectualis Dei – l'amour intellectuel de Dieu ou de la Nature. Comprendre les lois nécessaires de la réalité dans leur totalité, c'est éprouver la joie la plus haute : non un sentiment mystique ou sentimental, mais la béatitude intellectuelle de celui qui saisit l'ordre nécessaire de toutes choses et se comprend lui-même comme partie de cet ordre.

« L'amour intellectuel de l'âme envers Dieu est l'amour même dont Dieu s'aime lui-même. » – Éthique, V, proposition 36, 1677

Exemples

  • La connaissance comme joie active : comprendre pourquoi les planètes suivent leurs orbites, pourquoi les passions humaines obéissent à des lois nécessaires – cette compréhension n'est pas froide. Elle libère de la servitude des passions et procure une joie qui ne dépend d'aucun objet extérieur, donc ne peut pas être perdue.
  • L'éternité par la compréhension : en comprenant les vérités nécessaires, une partie de notre esprit atteint quelque chose d'éternel – non une survie personnelle après la mort, mais la participation à l'ordre nécessaire de la réalité qui, lui, est éternel. C'est la seule immortalité que Spinoza reconnaisse.

Notes

L'Éthique se termine sur ce concept – l'amour intellectuel de Dieu est l'aboutissement de tout le chemin parcouru depuis les définitions. C'est la réponse spinoziste à la question du bonheur : non le plaisir sensible ni la vertu kantienne ni la grâce divine, mais la joie intellectuelle de comprendre l'ordre nécessaire de la Nature. Deleuze y voit la forme la plus haute du plan d'immanence.

Débat

Pascal : le Dieu de Spinoza est un Dieu froid, géométrique – ce n'est pas le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob qui répond aux prières et porte la vie personnelle. Kant : la béatitude par la connaissance est une récompense sensible – ce n'est pas la moralité pure. Nietzsche : l'amour intellectuel de Dieu est encore une façon de nier la vie au profit d'une contemplation abstraite – la vraie joie est affirmation du devenir, non compréhension du nécessaire.