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L'amour est un manque : on désire ce qu'on n'a pas

Platon · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Éros naît du manque, non de la plénitude. On ne désire pas ce qu'on possède déjà – on désire ce qui nous fait défaut. L'amour est la conscience douloureuse d'une incomplétude et le mouvement vers ce qui pourrait la combler. Cette structure du désir comme manque détermine toute la philosophie platonicienne de l'amour.

« Ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l'amour. » – Le Banquet, 200e

Exemples

  • Le mythe d'Aristophane (les demi-êtres) : les hommes étaient autrefois des êtres sphériques à quatre bras, quatre jambes. Zeus les a coupés en deux. Depuis, chaque moitié cherche son autre moitié – c'est le désir amoureux. L'amour est la nostalgie d'une complétude perdue.
  • Le désir qui se dissout dans la possession : si on possédait ce qu'on aime, on ne le désirerait plus – car le désir est désir du manque. C'est pourquoi l'amour est toujours tendu, jamais pleinement satisfait dans sa possession. La jouissance ne comble pas le désir – elle le déplace.

Notes

Cette structure du désir comme manque traverse Platon, Augustin (le cœur inquiet), Stendhal (la cristallisation), Freud (la libido), Lacan (le désir comme désir de l'Autre). Elle s'oppose à Spinoza (le désir comme puissance, non manque) et à Aristote (l'amour comme bienveillance mutuelle entre égaux).

Débat

Spinoza : le désir n'est pas fondamentalement manque – c'est l'expression de la puissance d'être. La joie active augmente le désir plutôt que de le combler. Sartre : reprend la structure du manque mais la désespère – l'amour veut posséder une liberté, ce qui est contradictoire ; l'amour est voué à l'échec. Lévinas : le désir amoureux authentique n'est pas manque de l'autre mais ouverture infinie à son altérité – un désir qui croît plutôt qu'il ne cherche à se combler.