← Bibliothèque

Le bonheur épicurien

Épicure · Antiquité (IVe–IIIe siècle avant notre ère)

Thèse

On imagine souvent le bonheur comme une succession de plaisirs intenses – un repas délicieux, une fête inoubliable, une passion dévorante. Pour Épicure, c'est une erreur : ces plaisirs intenses épuisent et laissent, en retour, davantage de manque et de douleur. Une meilleure image est celle d'un mal de tête qui cesse, ou d'une fièvre qui tombe : ce simple retour à la normale procure un bien-être profond. Pour Épicure, cette normalité retrouvée est la limite même du plaisir : rien de plus grand ne peut s'y ajouter. Le vrai bonheur consiste ainsi en un état de paix durable, où le corps ne souffre pas (l'aponie) et où l'âme n'est troublée par aucune crainte ni désir excessif (l'ataraxie). Atteindre cet état suppose de trier ses désirs plutôt que de les multiplier : se contenter de peu, c'est dépendre le moins possible des circonstances extérieures, et donc gagner en liberté intérieure. Le bonheur épicurien n'est ainsi pas une privation, mais une sobriété choisie, qui affranchit.

« Par plaisir, c'est bien l'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme qu'il faut entendre. » – Lettre à Ménécée

Exemples

  • Désirs naturels et nécessaires : manger, boire, dormir, cultiver ses amitiés... Ces désirs sont faciles à combler et indispensables au bonheur, à condition de les satisfaire avec mesure.
  • Désirs naturels mais non nécessaires : nourriture raffinée, confort supplémentaire… On peut les apprécier en quantité modérée, mais ils ne sont pas indispensables.
  • Désirs vains : gloire, pouvoir, prestige, richesse sans fin… ils sont à fuir car jamais assouvis. Ils engendrent ainsi davantage d'inquiétude que de satisfaction.
  • Ne craindre ni la mort (n'est rien pour nous, car tant que nous existons elle n'est pas là, et lorsqu'elle est là nous n'existons plus) ni les dieux (qui n'interviennent pas dans les affaires humaines).

Notes

Grand malentendu : on associe l'épicurisme aux excès alors qu'il prône l'inverse. Épicure recommande la modération, l'autonomie, la simplicité, car celui qui se contente de peu dépend moins des circonstances extérieures. Il prône aussi la prudence en tant qu'art de choisir intelligemment les plaisirs : certains plaisirs immédiats produisent plus tard de la souffrance (comme les drogues), tandis que certaines peines doivent être acceptées parce qu'elles conduisent à un plus grand bien (comme l'entraînement pour un sportif). L'épicurisme est une philosophie du tri.

Débat

Stoïciens : la recherche du plaisir, même modéré, reste servitude – seule la vertu rend libre. Nietzsche : l'épicurisme est une philosophie de la décadence – il faut non pas réduire ses désirs mais les dépasser.