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L'amour est une ascension vers la Beauté absolue

Platon · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Dans le Banquet, Diotime révèle à Socrate la véritable nature d'Éros. L'amour ne naît pas de la beauté absolue – il naît de la beauté particulière d'un corps. Mais le vrai amant gravit une échelle : du beau corps à la belle âme, des belles âmes aux belles actions, des belles actions aux belles connaissances, et enfin à la Beauté en soi, éternelle et absolue.

« Voilà donc quelle est la droite voie qu'il faut suivre dans le domaine des choses de l'amour [...] : c'est, en prenant son point de départ dans les beautés d'ici-bas pour aller vers cette beauté-là, de s'élever toujours [...] jusqu'à connaître finalement la beauté en soi. » – Le Banquet, 211c

Exemples

  • L'échelle de l'amour : j'aime d'abord ce beau visage. Puis je réalise que la beauté de l'âme est plus précieuse que celle du corps. Puis que les belles actions valent plus qu'une belle âme particulière. Puis que le beau dans les sciences est plus universel encore. Jusqu'à la Beauté en soi – immuable, éternelle, non liée à un corps ou une personne.
  • Éros comme manque et aspiration : Éros est fils de Pénia (la pauvreté) et de Poros (la ressource). Il n'est ni beau ni laid, ni riche ni pauvre – il est entre-deux, toujours en tension entre ce qu'il n'a pas et ce vers quoi il aspire. Aimer, c'est désirer ce qu'on n'a pas encore.

Notes

L'échelle de l'amour (« l'escalier de Diotime ») a influencé le néo-platonisme, le christianisme (amour de Dieu comme fin) et la Renaissance (Marsile Ficin). Freud y verra la sublimation – le détournement de l'énergie sexuelle vers des fins culturelles élevées ; pour Lacan, Éros comme manque fonde toute théorie du désir.

Débat

Aristote : l'amitié vertueuse est une relation entre égaux qui se veulent mutuellement du bien – elle ne se « transcende » pas vers une Beauté abstraite. L'amour platonicien abandonne la personne concrète pour une abstraction. Sartre : l'amour est irréductiblement conflictuel – on veut être aimé comme liberté tout en cherchant à posséder l'autre. Lévinas : l'amour véritable est la rencontre avec le visage de l'Autre dans son altérité irréductible – non une ascension vers l'universel.