Le biopouvoir gouverne les populations en gérant la vie elle-même
Thèse
À partir du XVIIIe siècle, le pouvoir politique ne se contente plus de discipliner les corps individuels – il prend en charge la vie des populations entières : natalité, mortalité, santé, sexualité, hygiène. Ce biopouvoir ne réprime pas la vie – il la gère, l'optimise, la régule. La politique devient biopolitique : une technique de gouvernement de la vie.
« Pour la première fois sans doute dans l'histoire, le biologique se réfléchit dans le politique. » – La Volonté de savoir, 1976
Exemples
- La gestion de la population : recensements, statistiques démographiques, politiques de santé publique, campagnes de vaccination, normes alimentaires – l'État moderne mesure, surveille et oriente les processus biologiques de sa population. La vie des individus devient une ressource politique à gérer.
- La sexualité comme objet de pouvoir : contrairement à l'idée d'une répression victorienne, Foucault montre que le XIXe siècle a produit une multiplication des discours sur le sexe – médecine, psychiatrie, pédagogie, droit. On n'a pas silencié le sexe – on l'a incessamment parlé, classifié, normalisé. Ce parler du sexe est une forme de biopouvoir.
Notes
Le concept de biopouvoir est développé dans La Volonté de savoir (premier tome de l'Histoire de la sexualité) et dans les cours au Collège de France. Agamben radicalise : le camp de concentration est la forme limite du biopouvoir – là où la vie nue (zoe) est complètement exposée au pouvoir souverain. Negri et Hardt reprennent le concept pour analyser le capitalisme global comme empire biopolitique.
Débat
Habermas : le concept de biopouvoir dissout la distinction entre pouvoir légitime et pouvoir oppressif – les politiques de santé publique ne sont pas du même ordre que les camps de concentration. Butler : les normes de genre sont une forme de biopouvoir qui inscrit les identités dans les corps, prolongeant Foucault.