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Le bonheur stoïcien

Stoïciens · Antiquité

Thèse

Le bonheur repose sur une distinction fondamentale : d'un côté, ce qui dépend de nous – nos jugements, nos désirs, nos impulsions ; de l'autre, ce qui n'en dépend pas – les événements, le corps, la réputation, la fortune. Le sage stoïcien ne s'attache qu'à la première catégorie et accepte la seconde comme un donné sur lequel il n'a aucune prise. Toute l'énergie et les passions que je mets dans ce qui ne dépend pas de moi (frustration de ne pas être assez grand ou beau, jalousie de ceux qui sont plus riches que moi, envie d'être admiré, colère contre ceux qui me dérangent...) conduit au malheur puisque je n'ai pas de prise dessus.

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui dépendent de nous, ce sont l'opinion, la tendance, le désir, l'aversion : en un mot tout ce qui est notre œuvre. Celles qui ne dépendent pas de nous, ce sont le corps, les biens, la réputation, les dignités : en un mot tout ce qui n'est pas notre œuvre. » – Épictète, Manuel, trad. Guyau, Éd. Delagrave, p. 5

Exemples

  • Attitude qui conduit au malheur : pris dans un embouteillage, je m'énerve parce que je vais être en retard à un rendez-vous important. Je me frustre, je klaxonne, je peste contre les autres. Tout cela me rend malheureux puisque je n'ai aucune prise sur les évènements : l'embouteillage ne dépend pas de moi.
  • Attitude qui conduit au bonheur : je reconnais que l'embouteillage ne dépend pas de moi, il est là, c'est ainsi. Je m'occupe à la place du jugement que je porte sur la situation, de ma manière de la prendre : les impondérables arrivent dans la vie, je vais prévenir la personne avec qui j'ai rendez-vous et accepter les conséquences de mon retard, si néfastes fûssent-elles. Et je peux éventuellement en retirer une leçon, comme m'assurer d'être en avance la prochaine fois.

Notes

Philosophie qui a le mieux survécu à l'épreuve du temps et qui a encore de nombreux adeptes de nos jours. Ses principes se retrouvent mot pour mot dans les thérapies cognitives modernes. Épictète, qui a vécu comme esclave avant d'être affranchi, en est l'incarnation la plus radicale : même privé de toute liberté extérieure, il soutenait qu'on demeure libre intérieurement tant qu'on maîtrise son jugement. Il résume ainsi l'ensemble de la doctrine : « Il ne faut pas demander que les évènements soient comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent ; ainsi ta vie sera heureuse. » (Manuel).

Débat

Épicure : le stoïcisme est trop rigide – il faut non pas combattre les passions mais trier les désirs, distinguer ceux qui sont naturels et nécessaires de ceux qui sont vains. Nietzsche : vivre selon la nature, comme le prescrivent les stoïciens, est une illusion – la nature est indifférente, prodigue et sans mesure ; y calquer sa vie, c'est encore lui imposer une morale qu'elle n'a pas. Marx : cette sagesse est une résignation déguisée – elle adapte l'individu à l'injustice du monde au lieu de chercher à la transformer. Sartre : la distinction elle-même est illusoire – l'homme est toujours engagé dans le monde, et son « intérieur » n'est jamais à l'abri de ce qui lui arrive du dehors.

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