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Les sciences progressent par changements de paradigme

Thomas Kuhn · XXe siècle

Thèse

La science normale avance dans le cadre d'un paradigme – un ensemble de théories, méthodes et problèmes acceptés par la communauté scientifique. Quand les anomalies s'accumulent et que le paradigme ne peut plus les absorber, une crise s'ouvre. Elle se résout par une révolution scientifique : l'adoption d'un nouveau paradigme incommensurable avec l'ancien.

« La transition de Newton à Einstein n'est pas simplement une correction ou un prolongement – c'est un changement de vision du monde. » – La Structure des révolutions scientifiques, 1962

Exemples

  • La révolution copernicienne : pendant 14 siècles, le paradigme ptoléméen (géocentrisme) organisait l'astronomie. Les anomalies s'accumulaient – les épicycles devenaient de plus en plus complexes. Copernic propose un nouveau paradigme (héliocentrisme) qui n'est pas une « correction » de Ptolémée mais une vision du monde différente.
  • L'incommensurabilité des paradigmes : les scientifiques newtoniens et einsteiniens ne parlent pas tout à fait du même « temps », de la même « masse » – les concepts ne se traduisent pas directement d'un paradigme à l'autre. Un newtonien et un relativiste voient littéralement deux univers différents.

Notes

La notion d'incommensurabilité entre paradigmes est controversée : si les paradigmes ne se comparent pas, comment dire que la science progresse ? Kuhn lui-même a nuancé cette thèse dans ses derniers travaux.

Débat

Duhem : les révolutions kuhniennes s'appuient sur des ajustements continus préalables – la révolution n'est pas ex nihilo. Popper : l'incommensurabilité est exagérée – les théories scientifiques rivales peuvent être comparées par leurs prédictions réfutables. Lakatos : la notion de paradigme est trop vague – les « programmes de recherche » permettent une évaluation rationnelle des transitions que Kuhn rend trop irrationnelles.