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Les sciences progressent par ajustements continus, pas par révolutions

Pierre Duhem · XIXe–XXe siècle

Thèse

La science ne progresse pas par ruptures brusques et révolutions – elle avance par ajustements progressifs et continus de ses théories. Face à une observation qui contredit une hypothèse, le scientifique ne l'abandonne pas : il en modifie d'autres éléments pour rétablir la cohérence. La science est un réseau d'hypothèses solidaires, non un ensemble de lois isolées.

« Une expérience de physique ne peut jamais condamner une hypothèse isolée, mais seulement tout un ensemble théorique. » – La Théorie physique, 1906

Exemples

  • La thèse Duhem-Quine : si une expérience contredit une prédiction, cela ne réfute pas forcément l'hypothèse centrale – peut-être est-ce une hypothèse auxiliaire (l'instrument de mesure, les conditions expérimentales) qui est fausse. On peut toujours sauver la théorie en ajustant ses éléments périphériques.
  • L'histoire de la physique comme confirmation : lorsque le périhélie de Mercure ne correspondait pas aux prédictions newtoniennes, les astronomes ont d'abord cherché une planète non encore découverte (Vulcain) plutôt que de renoncer aux lois de Newton. La science ajuste avant de révolutionner.

Notes

La thèse de Duhem (reprise indépendamment par Quine dans les années 1950 – c'est la thèse Duhem-Quine) est capitale en philosophie des sciences. Elle affaiblit le falsificationnisme de Popper : on ne peut jamais réfuter une hypothèse isolée, seulement un réseau d'hypothèses.

Débat

Kuhn : les ajustements continus de Duhem finissent par atteindre un point de rupture – c'est la crise paradigmatique. La révolution suit les ajustements, elle ne les contredit pas. Popper : la thèse Duhem-Quine ne réfute pas le falsificationnisme – elle montre qu'il faut tester les théories en bloc, non hypothèse par hypothèse. Lakatos : les programmes de recherche ont un noyau dur protégé et une ceinture d'hypothèses ajustables – Duhem décrit la ceinture, Kuhn décrit le moment où le noyau lâche.