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La mort apprivoisée

Michel de Montaigne · XVIe siècle

Thèse

Notre premier réflexe face à la mort est souvent de la fuir, de n'y penser à aucun prix – comme si l'ignorer suffisait à la tenir à distance. Montaigne fait le choix inverse : il faut y penser librement et souvent, non par obsession morbide, mais pour s'en affranchir. Familière à force d'être fréquentée, la mort perd son pouvoir de terreur : elle cesse d'être un malheur pour redevenir ce qu'elle est, une partie naturelle de la vie qu'il faut regarder en face.

« Que philosopher c'est apprendre à mourir. » – Les Essais, Livre I, chapitre XX, 1580

Exemples

  • Fuir la mort (servitude) : ne jamais y penser, s'étourdir d'activités – on reste esclave de la peur, sans jamais vivre vraiment. En fuyant la mort, on vit perpétuellement dans son ombre.
  • Apprivoiser la mort (liberté) : regarder la mort en face, avec tout ce qu'elle implique, accepter notre finitude pour mieux profiter de tout ce que la vie a à nous offrir. Je vais mourir, donc en attendant je suis bien vivant, et libre. Montaigne, après une chute de cheval, observe sa propre mort imminente avec curiosité – et en tire une sérénité durable.

Notes

Montaigne reprend les Stoïciens (Sénèque) mais sans rigidité. Savoir mourir rend la vie plus légère. Ses propos résonnent avec Heidegger et Épicure.

Débat

Heidegger : la mort n'est pas seulement à apprivoiser par un exercice de sagesse ponctuel – elle est la structure même de l'existence, l'être-vers-la-mort qui rend possible l'authenticité à chaque instant. Épicure : la peur de la mort est irrationnelle – tant que nous vivons, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus.