Nos théories physiques sont des modèles, non des vérités dernières
Thèse
Le scientifique se trouve face à la nature comme devant une montre dont il peut observer le mouvement des aiguilles et en déduire le mécanisme – mais sans jamais ouvrir le boîtier pour vérifier. Nos théories physiques décrivent les phénomènes observables avec une précision croissante, sans garantie d'accéder à la réalité ultime des choses.
« Le physicien dans ses efforts les plus profonds est comme quelqu'un qui contemple une montre dont le mécanisme lui est caché. Il voit le cadran et les aiguilles se mouvoir, mais il n'a aucun moyen d'ouvrir le boîtier. » – cité dans The New Quotable Einstein, 2005
Exemples
- La physique quantique comme limite : l'électron n'a pas de position définie avant qu'on le mesure – et la mesure elle-même perturbe le système. La réalité « en soi » des particules est inaccessible : on ne connaît que les résultats des interactions avec nos instruments.
- Les modèles comme descriptions, non comme vérités : E=mc² décrit avec une précision extraordinaire les relations entre énergie et masse – mais cette équation dit-elle ce que sont vraiment l'énergie et la masse « en soi » ? Non – elle décrit comment elles se comportent dans nos expériences.
Notes
Einstein rejoint ici Kant (le noumène inaccessible) et Heisenberg (le principe d'indétermination). Il s'oppose en ce sens à l'optimisme cartésien (on peut tout connaître si on a la bonne méthode) et au réalisme scientifique naïf (les théories décrivent la réalité telle qu'elle est).
Débat
Descartes : la méthode analytique peut progressivement lever les voiles – il ne faut pas désespérer d'accéder à la réalité des choses. Platon : connaître les phénomènes n'est pas connaître – il faut atteindre les essences. Popper : même si on n'accède pas à la réalité ultime, on peut s'en approcher par la réfutation successive des théories – la vérisimilitude croissante est réelle.