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Connaître la vérité nous procure une satisfaction supérieure

René Descartes · XVIIe siècle

Thèse

On se souvient parfois avec un plaisir intact, des années plus tard, du moment précis où l'on a enfin compris pourquoi une intrigue complexe tenait debout – comment tous les indices, disséminés depuis le début, s'assemblaient soudain en une explication limpide. Ce plaisir de la compréhension ne s'use pas comme celui d'un bon repas, qu'on ne peut jamais revivre avec la même intensité une fois le souvenir seul restant. Descartes voit dans cette différence la preuve d'une supériorité : la recherche de la vérité est la plus haute vocation de l'homme. La satisfaction qu'elle procure surpasse tous les plaisirs sensibles : c'est une joie intellectuelle pure, durable et indépendante des circonstances extérieures. Connaître clairement et distinctement une vérité est une expérience incomparable – elle réalise ce qu'il y a de meilleur dans la nature humaine.

« C'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que de l'ignorer. » – Lettre à la Princesse Élisabeth, 6 octobre 1645

Exemples

  • La joie intellectuelle par rapport au plaisir sensible : le plaisir d'un bon repas s'accompagne de l'attente, de la satiété, parfois du regret. La joie de comprendre une démonstration, de saisir une vérité mathématique – elle est nette, sans résidu, sans lendemain douloureux.
  • La connaissance comme accomplissement de soi : l'homme qui comprend est plus pleinement lui-même. Sa raison s'exerce dans son domaine propre. C'est la même idée qu'Aristote sur l'eudaimonia – la félicité dans l'exercice de la faculté supérieure – mais Descartes la concentre sur la connaissance rationnelle.

Notes

Descartes est ici proche de la tradition aristotélicienne et stoïcienne : le bonheur de l'homme est dans l'exercice de sa faculté propre, la raison. Cette idée que connaître est une forme supérieure de bonheur traverse toute la philosophie occidentale, de Platon (le philosophe heureux) à Spinoza (la béatitude par la connaissance) en passant par Aristote (la vie contemplative).

Débat

Pascal : cette satisfaction intellectuelle est encore une forme de divertissement – une façon de fuir l'angoisse existentielle dans l'activité de la raison. Nietzsche : le désir de vérité est lui-même une valeur morale construite – rien ne prouve que la vérité vaille mieux que l'illusion bienfaisante. Schopenhauer : la connaissance peut aussi révéler le néant et accroître la souffrance – la vérité sur la Volonté aveugle n'est pas une félicité.