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Tout arrive pour une raison : principe de raison suffisante

Gottfried Wilhelm Leibniz · XVIIe–XVIIIe siècle

Thèse

Un âne affamé, placé à égale distance entre deux tas de nourriture rigoureusement identiques, n'aurait selon certains philosophes aucune raison de se diriger vers l'un plutôt que vers l'autre – et resterait donc paralysé, incapable de choisir, jusqu'à en mourir de faim. Leibniz utilise ce paradoxe pour défendre sa thèse : un tel choix parfaitement équilibré n'existe en réalité jamais, car l'univers entier, dans ses moindres détails, fournit toujours une raison, même infime, qui fait pencher la balance. Rien n'arrive sans raison suffisante – c'est-à-dire sans cause qui explique pleinement pourquoi les choses sont ainsi plutôt qu'autrement. Ce principe gouverne en particulier les vérités de fait, contingentes (par exemple : l'âne s'est dirigé vers le tas de gauche – un fait qui aurait pu être différent, mais qui n'est pourtant pas sans raison). En d'autres termes, le principe de raison suffisante exclut le hasard pur : tout événement, même le plus infime, a une explication complète, même si nous sommes incapables de la comprendre – l'univers est rationnel dans sa totalité.

« Aucun fait ne saurait se trouver vrai ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement. » – Monadologie, §32, 1714

Exemples

  • La véritable clé du paradoxe de l'âne : ce n'est pas seulement que l'univers fournit par chance une petite différence entre les deux tas de foin – c'est que, pour Leibniz, il ne peut, par principe, en être autrement. Deux situations parfaitement indiscernables en tout point n'existent jamais réellement.
  • Le principe de raison suffisante appliqué aux petits événements : pourquoi ce grain de sable est-il ici plutôt que là ? Leibniz répond : parce que des conditions précises l'y ont mis – vents, courants, positions antérieures. Le déterminisme est total. Ce que nous appelons hasard n'est que notre ignorance des causes.

Notes

Le principe de raison suffisante est l'un des piliers de la métaphysique leibnizienne : c'est lui qui fonde spécifiquement les vérités de fait, contingentes – les vérités de raison, nécessaires, relevant du seul principe de contradiction. Il fonde aussi l'optimisme leibnizien : si Dieu a choisi ce monde parmi tous les mondes possibles, c'est qu'il existe une raison suffisante à ce choix – son optimalité globale.

Débat

Hume : la causalité n'est pas une nécessité rationnelle – c'est une habitude de l'esprit. Il n'y a pas de raison suffisante, seulement des successions observées. Heisenberg : le principe d'indétermination montre que certains événements sont fondamentalement aléatoires – le principe de raison suffisante ne s'applique pas au niveau subatomique. Voltaire : l'optimisme leibnizien est démenti par la souffrance réelle du monde.