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Pour être sûr d'avoir raison, il faut confronter ses idées à celles des autres

John Stuart Mill · XIXe siècle

Thèse

Même la raison la mieux conduite peut errer – et elle ne peut pas détecter ses propres erreurs seule. C'est la confrontation avec des opinions contraires qui révèle les angles morts, force la révision et renforce ou infirme les thèses. Réduire une idée au silence ne prouve pas qu'elle est fausse – cela prive simplement la vérité d'un miroir nécessaire.

« Si toute l'humanité, moins une personne, était d'un seul avis, et que cette personne fût d'un avis contraire, l'humanité n'aurait pas plus de raison de réduire cette personne au silence que cette personne, si elle en avait le pouvoir, n'en aurait de réduire l'humanité au silence. » – De la liberté, chapitre II, 1859

Exemples

  • L'opinion contraire comme révélateur : une thèse qu'on croit certaine, exposée à des objections sérieuses, révèle ses failles – ou les surmonte et en sort renforcée. La certitude qui n'a jamais été défiée est fragile : elle repose sur l'ignorance des contre-arguments.
  • L'opinion fausse qui contient une part de vrai : même une position erronée contient souvent un grain de vérité que la position dominante a négligé. Étouffer une opinion fausse, c'est risquer de perdre ce grain de vérité. La discussion ouverte est le meilleur filtre.

Notes

Mill défend ici la liberté d'expression sur des bases épistémologiques, non seulement morales : la censure est mauvaise non seulement parce qu'elle opprime – mais parce qu'elle appauvrit la connaissance. Habermas reprendra cette intuition dans l'éthique de la discussion : la vérité se construit dans l'espace du débat libre.

Débat

Descartes : la confrontation avec autrui peut aussi contaminer une pensée juste par des préjugés ou des erreurs d'autrui. La solitude méthodique protège parfois mieux que le débat. Platon : discuter avec les ignorants ou les sophistes ne fait pas avancer vers le vrai – la qualité de l'interlocuteur compte autant que la discussion elle-même. Habermas : la discussion doit satisfaire des conditions idéales (absence de domination, égalité de parole) pour produire la vérité.