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L'observation du monde sensible ne mène pas à la connaissance véritable

Platon · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Un fruit qui semble mûr et appétissant aujourd'hui sera flétri et immangeable dans une semaine, sans qu'aucun de ses deux états ne soit plus « vrai » que l'autre – il n'est jamais fixé, toujours en train de changer. Platon en tire une conséquence radicale pour toute chose sensible : le monde sensible – ce que nous voyons, entendons, touchons – est changeant, imparfait, trompeur. Il ne peut produire que de l'opinion (doxa), non de la connaissance (épistémè). La vraie connaissance porte sur ce qui est stable, universel et nécessaire : les Idées, accessibles par la seule raison. Les sens nous ouvrent les yeux sur les ombres, non sur la réalité.

« C'est sur une chose qu'est placée l'opinion, et sur une autre la science. » – La République, Livre V, 477b

Exemples

  • Le bâton dans l'eau (sens trompeurs) : un bâton droit semble brisé dans l'eau – la perception est fausse. Les sens livrent des apparences variables selon les conditions d'observation. Fonder la connaissance sur eux, c'est construire sur du sable.
  • La géométrie (connaissance vraie) : le cercle parfait n'existe nulle part dans le monde sensible – tous les cercles tracés sont approximatifs. Pourtant, le géomètre connaît le cercle avec certitude. Cette connaissance est indépendante des sens : elle vient de la raison seule.

Notes

Platon est le fondateur du rationalisme et de l'idéalisme en Occident. Sa méfiance des sens sera reprise par Descartes (le malin génie) et contestée par Aristote, Locke et Hume qui affirment au contraire que toute connaissance commence par l'expérience sensible. Le débat rationalisme/empirisme qu'il inaugure structure toute l'histoire de l'épistémologie.

Débat

Aristote : toute connaissance commence par la sensation – les Idées séparées du monde sensible sont une fiction inutile. Locke : l'esprit est une table rase – tout vient des sens. Kant : les sens fournissent la matière, la raison en donne la forme.