Le bonheur est dans le simple
Thèse
On imagine souvent le bonheur comme un but lointain, un accomplissement rare et difficile à atteindre. Pour Montaigne, c'est l'inverse : il n'est pas un idéal abstrait, il est déjà là, dans notre aptitude à jouir de ce que l'on vit – manger, dormir, sentir, penser. Il faut apprendre à jouir loyalement de son être.
« Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. » – Les Essais, Livre III, chapitre 13, « De l'expérience », 1588
Exemples
- Le bonheur ne dépend pas des circonstances extérieures : richesse, gloire, santé, héroïsme… Ces facteurs ne dépendent pas (ou seulement partiellement) de nous, et sont détachés de la vie réelle, concrète.
- Le bonheur ne dépend pas des choses elles-mêmes, mais de notre façon de recevoir les choses : pas seulement manger, mais savourer un bon repas ; pas seulement parler, mais partager une conversation, pas seulement lire, mais plonger dans la lecture. Le bonheur, c'est être pleinement là, à ce qu'on fait, sans honte de ses plaisirs ordinaires.
Notes
Le bonheur montaignien n'est pas une récompense de la vertu ou une grâce divine. C'est le fruit d'une sagesse pratique : apprendre à ne pas se tourmenter de ce qu'on ne contrôle pas, cultiver l'amitié, la lecture, la réflexion, et accepter que la vie soit imprévisible et diverse. Le bonheur est moins une conquête qu'une disposition : celle de quelqu'un qui apprend à se connaître et qui sait habiter pleinement le présent dans toute sa richesse, sans se laisser consumer par des facteurs extérieurs.
Débat
Rousseau : le bonheur n'est pas dans la possession mais dans le désir et l'espérance de ce qu'on n'a pas encore – se contenter du présent, c'est renoncer à ce qui fait la richesse de l'imagination humaine. Pascal : si l'homme fuit habituellement le repos et le simple présent, c'est parce qu'il ne supporte pas de se retrouver seul avec lui-même – le divertissement est la règle, la sérénité de Montaigne l'exception rare d'une âme déjà en paix.