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Il n'y a pas de liberté sans égalité devant la loi

Jean-Jacques Rousseau · XVIIIe siècle

Thèse

Un match de football où l'une des deux équipes commencerait automatiquement avec deux buts d'avance, ou pourrait commettre certaines fautes sans sanction, ne serait plus vraiment un match : les règles n'auraient plus de sens commun. Rousseau voit la loi de la même façon : la liberté et l'égalité ne sont pas des valeurs opposées – elles se conditionnent mutuellement. Une loi qui s'applique inégalement selon la richesse ou la naissance n'est pas une loi – c'est un privilège déguisé. Seule la loi identique pour tous garantit la liberté de tous.

« C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. » – Du contrat social, Livre II, chapitre XI, 1762

Exemples

  • L'inégalité devant la loi (servitude) : sous l'Ancien Régime, le noble et le roturier ne sont pas jugés par les mêmes tribunaux, n'ont pas les mêmes droits civils, ne paient pas les mêmes impôts. Ce n'est pas une liberté partagée – c'est le privilège de quelques-uns garanti par la sujétion des autres.
  • L'égalité devant la loi (liberté) : la même loi s'applique au roi et au paysan, au riche et au pauvre. Alors seulement chacun peut être libre – non parce qu'il n'y a plus de contrainte, mais parce que la contrainte est la même pour tous et exprime la volonté générale.

Notes

Rousseau pose ici le fondement de l'État de droit moderne. L'égalité formelle devant la loi sera conquise par les révolutions américaine et française. Mais Marx montrera que cette égalité formelle peut coexister avec une inégalité réelle profonde – Rawls cherchera à combler cet écart.

Débat

Marx : l'égalité formelle devant la loi dans une société économiquement inégale est une liberté de façade – le riche et le pauvre ont également le droit de dormir sous les ponts. Rawls : l'égalité formelle doit être complétée par l'égalité des chances et le principe de différence. Tocqueville : une égalité trop stricte peut menacer la liberté en uniformisant les individus et en renforçant le despotisme doux de la majorité.