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Les citoyens qui délibèrent décident du juste et de l'injuste

Aristote · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Lors d'une foire de campagne, des centaines de visiteurs sont invités à estimer, chacun de son côté, le poids d'un bœuf exposé sur la place. Aucune estimation individuelle n'est exacte – certaines sont bien trop hautes, d'autres bien trop basses – mais la moyenne de toutes ces estimations tombe presque exactement sur le poids réel de l'animal, surpassant même les pronostics des experts en élevage présents ce jour-là. Aristote pressent, bien avant que cette expérience ne soit menée, le même principe : la délibération collective des citoyens est souvent plus sage que le jugement d'un expert isolé. Chaque citoyen possède une part d'expérience et de jugement pratique – mis en commun dans la délibération, ces parts forment un tout supérieur à n'importe quel savoir individuel. La justice politique naît de cette sagesse collective, non d'une vérité révélée à quelques-uns.

« La multitude, dont chaque membre pris isolément n'est pas un homme de qualité, peut pourtant, quand elle est réunie, se montrer supérieure aux meilleurs – non individuellement mais collectivement. » – Politique, III, 11

Exemples

  • La somme des expériences : un banquet préparé par plusieurs convives est souvent meilleur que celui d'un seul cuisinier, même excellent – chacun apporte quelque chose. De même, la délibération citoyenne agrège des points de vue, des expériences, des intérêts que nul expert seul ne peut saisir.
  • Le jury populaire comme sagesse pratique : douze jurés ordinaires qui délibèrent arrivent souvent à un verdict plus équitable qu'un juge unique, parce qu'ils intègrent la diversité des perspectives sociales et humaines. La délibération collective est un filtre qui corrige les angles morts de chaque jugement individuel.

Notes

Aristote s'oppose directement à Platon : la compétence politique n'est pas un savoir spécialisé comme la médecine – c'est une capacité pratique distribuée parmi les citoyens. Cette défense de la délibération collective anticipe Habermas (l'éthique de la discussion) et les théories contemporaines de la démocratie délibérative.

Débat

Platon : la foule peut délibérer avec soin et arriver à des conclusions fausses – elle a condamné Socrate. La quantité de points de vue ne garantit pas la qualité du jugement. Rousseau : la volonté de tous (agrégat d'intérêts particuliers) diffère de la volonté générale (le bien commun) – la délibération ordinaire produit la première, non la seconde. Tocqueville : la majorité délibérante peut tyranniser les minorités.