Tout État est une source d'oppression : il faut l'abolir
Thèse
L'État n'est pas un instrument neutre qui peut être mis au service du peuple – il est structurellement oppressif. Quiconque détient le pouvoir d'État, quelle que soit son origine ou ses intentions, tendra à l'abuser. La liberté réelle exige non la conquête de l'État mais son abolition, remplacée par une fédération libre d'associations et de communes autonomes.
« La liberté sans le socialisme, c'est le privilège et l'injustice. Le socialisme sans la liberté, c'est l'esclavage et la brutalité. » – Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, 1867
Exemples
- La corruption par le pouvoir (loi universelle) : placer des ouvriers révolutionnaires aux commandes de l'État ne change rien – le pouvoir les transforme. Ils deviennent une nouvelle bureaucratie qui défend ses intérêts propres, non ceux des travailleurs. L'État corrompt ses détenteurs, quels qu'ils soient.
- L'alternative anarchiste : des communes autogérées, des fédérations libres d'associations, une coordination horizontale sans hiérarchie contraignante. Bakounine ne prône pas le chaos – il prône l'auto-organisation, qui est selon lui plus stable et plus juste qu'une domination centralisée.
Notes
Bakounine est la grande voix de l'anarchisme au XIXe siècle. Son débat avec Marx au sein de la Première Internationale (1864–1872) est particulièrement fécond. La prophétie de Bakounine sur la dégénérescence de tout État prolétarien a été confirmée historiquement par l'URSS – ce que Trotski, puis Orwell, reconnaîtront chacun à leur façon.
Débat
Marx : sans État de transition, le capitalisme reprend le dessus – l'abolition immédiate de l'État laisse le champ libre à la bourgeoisie qui conserve ses moyens de production. Hobbes : sans souverain, c'est la guerre civile – l'auto-organisation est une illusion romantique. Weber : tout groupement humain stable tend à se bureaucratiser – Bakounine sous-estime la tendance structurelle à la concentration du pouvoir dans toute organisation.