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Le rhizome contre l'arbre : penser sans hiérarchie

Deleuze / Guattari · XXe siècle

Thèse

La pensée occidentale est structurée depuis toujours sur le modèle de l'arbre : un point d'origine unique, d'où se déploie une hiérarchie stable de branches subordonnées les unes aux autres. Ce modèle « arborescent » gouverne aussi bien la grammaire, la classification scientifique que l'organisation politique. Deleuze et Guattari lui opposent le rhizome, cette tige souterraine (comme celle du bambou) qui pousse et se ramifie horizontalement, sans centre ni hiérarchie : n'importe quel point peut s'y connecter à n'importe quel autre, sans qu'aucun ne commande les autres. Penser en rhizome, c'est renoncer à chercher une origine ou une vérité première, pour privilégier les connexions multiples et hétérogènes entre des éléments qui n'ont pas besoin d'appartenir au même ordre pour se relier.

« N'importe quel point d'un rhizome peut être connecté avec n'importe quel autre, et doit l'être. C'est très différent de l'arbre ou de la racine qui fixent un point, un ordre. » – Mille Plateaux (avec Félix Guattari), 1980

Exemples

  • L'arbre généalogique ou syntaxique. Une classification scientifique ou un arbre grammatical à la Chomsky obéissent au modèle arborescent : tout élément descend d'un ancêtre commun et occupe une place fixée d'avance dans la hiérarchie.
  • Un réseau comme Internet, ou une carte mentale construite librement : n'importe quelle page, n'importe quelle idée peut être reliée à n'importe quelle autre sans passer par un centre obligé. On peut y entrer par n'importe quel point et en explorer les connexions dans n'importe quelle direction.

Notes

Deleuze et Guattari appliquent l'image du rhizome au livre lui-même : Mille Plateaux est conçu pour être lu dans n'importe quel ordre. Ce concept éclaire aussi l'analyse par Deleuze des sociétés de contrôle : le pouvoir contemporain fonctionne justement de façon diffuse et réticulaire plutôt qu'arborescente.

Débat

Chomsky : le langage humain obéit à une grammaire générative, hiérarchique et récursive, universelle à l'espèce, que le modèle rhizomatique ne peut pas expliquer. Badiou : sous couvert de rejeter toute unité, la philosophie deleuzienne du multiple réintroduit secrètement une nouvelle métaphysique de l'Un. Sokal et Bricmont : l'usage de concepts empruntés aux mathématiques et à la biologie reste métaphorique et impressionniste, sans rigueur scientifique véritable.