Il vaut mieux obéir à une loi injuste que fragiliser la paix sociale
Thèse
La règle qui impose de rouler à droite (ou à gauche, selon les pays) n'a rien de sacré ni de moralement supérieur en elle-même – rien ne rendrait l'autre choix objectivement pire. Mais le jour où chaque automobiliste déciderait, selon son propre jugement, de rouler du côté qui lui semble le plus juste ou le plus pratique, ce ne serait plus une route, mais un chaos meurtrier. Spinoza applique cette même logique bien au-delà du code de la route : la désobéissance civile généralisée est un remède pire que le mal. Même une loi injuste vaut mieux que l'état de guerre civile qui naît de sa remise en cause par chacun selon son jugement propre. La stabilité de l'ordre social est une condition de possibilité de toute vie humaine – y compris de la liberté et de la philosophie. La résistance individuelle affaiblit ce bien commun fragile.
« La condition d'une société où les causes de sédition n'ont pas été supprimées, où la guerre est continuellement à craindre, où enfin les lois sont fréquemment violées, une telle condition diffère peu de la condition naturelle où chacun mène une vie conforme à sa fantaisie et toujours grandement menacée. » – Traité politique, chapitre V, §2, 1677
Exemples
- Le risque de la désobéissance généralisée : si chacun décide lui-même quelles lois méritent obéissance, l'ordre social se dissout. La loi perd son autorité et son universalité – chaque groupe impose sa propre justice, et c'est la guerre civile.
- La liberté dans la loi plutôt que malgré elle : Spinoza chérit la liberté de penser – mais il sait qu'elle n'est possible que dans une société stable. La philosophie elle-même, qu'il pratique au risque de sa vie, requiert la paix civile pour exister. Il préfère donc tolérer une loi imparfaite plutôt que de risquer le chaos.
Notes
Spinoza distingue le droit de résistance face à une tyrannie qui détruit l'État lui-même (légitime) de la désobéissance individuelle face à une loi jugée injuste (dangereuse). Sa position n'est pas la soumission passive – c'est un calcul prudentiel sur ce qui préserve les conditions de la liberté à long terme.
Débat
Thoreau : obéir à une loi injuste, c'est se rendre complice de l'injustice – la conscience morale doit primer sur la stabilité sociale. King et Gandhi : la désobéissance civile non violente peut renforcer, non fragiliser, l'ordre démocratique.