L'État doit garantir la liberté et la justice sociale
Thèse
Un État juste repose sur deux principes fondamentaux. Le premier : garantir à tous les libertés fondamentales égales. Le second : si des inégalités économiques existent, elles ne sont légitimes que si elles bénéficient aux membres les plus défavorisés de la société. La justice n'est pas l'égalité absolue – c'est l'équité.
« Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, elles soient au plus grand bénéfice des plus désavantagés, et qu'elles soient attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, dans des conditions de juste égalité des chances. » – Théorie de la justice, §46, 1971
Exemples
- Le premier principe (libertés égales) : liberté d'expression, de conscience, de vote – ces libertés fondamentales doivent être identiques pour tous. On ne peut pas les sacrifier, même pour améliorer la situation économique générale.
- Le deuxième principe (différence) : des inégalités de revenus peuvent exister – si elles stimulent une innovation ou une prise de risque dont les fruits bénéficient aussi aux plus pauvres. Un médecin mieux payé qui soigne davantage profite à tous. Une inégalité qui ne bénéficie qu'aux riches est injuste.
Notes
Rawls réconcilie libéralisme (droits individuels) et égalitarisme (préoccupation pour les plus défavorisés). Son voile d'ignorance est le dispositif théorique qui permet de dériver ces deux principes. Il répond directement à Nozick (qui rejette le deuxième principe) et à Marx (qui rejette le premier).
Débat
Nozick : l'État n'a pas le droit de redistribuer les richesses même au profit des plus pauvres – ce serait une violation des droits acquis légitimement. Sandel : une théorie de la justice qui ignore les valeurs communautaires et les conceptions du bien ne peut pas fonder une politique réelle. Marx : Rawls reste dans le cadre capitaliste – sans transformation des rapports de production, les deux principes resteront formels.