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L'homme croit à tort que Dieu est à son image

Baruch Spinoza · XVIIe siècle

Thèse

Le Dieu des religions populaires – personnel, providentiel, qui aime, punit et récompense – est une projection anthropomorphique. L'homme, ne connaissant que lui-même, imagine Dieu sur le modèle d'un être humain amplifié. Mais Dieu – la Nature – n'est ni bon ni méchant, n'a ni volonté ni intention : il est la totalité des lois nécessaires de la réalité. Lui prêter des attributs humains est une erreur fondamentale.

« Si un triangle pouvait parler, il dirait que Dieu est éminemment triangulaire. » – Lettre 56 à Hugo Boxel, 1674

Exemples

  • Le Dieu anthropomorphe (erreur) : un Dieu qui se met en colère contre l'idolâtrie, qui répond aux prières, qui choisit un peuple élu, qui punit les péchés – c'est un être humain en plus grand. Cette représentation dit plus sur l'homme que sur Dieu.
  • Dieu comme Nature (vérité) : ce Dieu-là n'a pas de préférences, ne répond pas aux prières, n'intervient pas dans l'histoire. Il est la totalité infinie de ce qui est, soumise à des lois nécessaires. Le comprendre, c'est comprendre les lois de la nature.

Notes

Spinoza ne nie pas Dieu – il le redéfinit radicalement. Son « Dieu ou la Nature » (Deus sive Natura) est un panthéisme qui récuse à la fois l'athéisme (il y a une réalité totale et infinie) et le théisme personnel (la nature n'est pas un être conscient). Spinoza fut excommunié de la synagogue d'Amsterdam à 23 ans pour ces idées.

Débat

Pascal : le Dieu de Spinoza n'est pas le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob – c'est le Dieu des philosophes, froid et abstrait, qui ne répond pas au besoin humain de relation personnelle. Feuerbach : si Dieu est une projection humaine, il faut non pas le redéfinir mais supprimer la projection et se réapproprier ses qualités. Kant : l'anthropomorphisme est inévitable pour tout usage pratique de l'idée de Dieu – il peut être symbolique sans être littéral.