L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité
Thèse
L'attention n'est ni un effort de volonté ni une technique de concentration : c'est une disposition de l'esprit qui consiste à se vider de soi-même – de ses projets, ses désirs, ses jugements tout faits – pour se rendre disponible et pénétrable à ce qui est regardé. En ce sens, elle est la forme la plus haute de la générosité : porter une attention pleine à quelqu'un, c'est reconnaître pleinement qu'il existe, indépendamment de l'usage qu'on pourrait faire de lui. Grâce à cette même faculté, Weil voit dans les exercices scolaires ordinaires faits avec une attention pure un entraînement de l'âme à se tourner un jour vers Dieu.
« L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. » – Lettre à Joë Bousquet, 13 avril 1942
Exemples
- L'élève qui bute sur un problème de géométrie. Plutôt que de forcer une solution par la seule volonté, Weil recommande de rester patiemment attentif, l'esprit vide et disponible, prêt à accueillir la vérité plutôt qu'à la conquérir de force.
- L'écoute d'un être qui souffre. La vraie compassion ne consiste pas à agir vite ou à donner des conseils, mais à savoir demander à l'autre, avec une attention totale : « Quel est ton tourment ? » – une question que très peu d'esprits sont capables de poser réellement.
Notes
Cette idée traverse toute l'œuvre de Weil, notamment son essai « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l'amour de Dieu » : les études scolaires sont pour elle un exercice spirituel avant la lettre.
Débat
Nietzsche : cet idéal de l'effacement de soi au profit d'autrui reste une variante raffinée de l'ascétisme chrétien, une négation de la volonté de puissance déguisée en vertu. Freud : sans viser le même but, il recommande à l'analyste une « attention également flottante », disponible et non dirigée – signe que cette disposition n'est peut-être pas propre à la vie spirituelle, mais une condition plus générale de toute écoute véritable.