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La foi religieuse ne relève pas de la science ni de la raison

Blaise Pascal · XVIIe siècle

Thèse

On ne prouve jamais qu'on aime quelqu'un par un raisonnement en bonne et due forme, prémisses à l'appui – on le sait, directement, d'une certitude qu'aucune démonstration ne pourrait renforcer ni ébranler. Pascal voit dans la foi une connaissance de ce type, radicalement différente du savoir démonstratif : la raison et la science ont leur domaine propre – et Dieu n'en fait pas partie. Les preuves de l'existence de Dieu par la raison (Descartes, scolastique) ne touchent pas le cœur. Chez Pascal, le « cœur » ne désigne pas le sentiment ou l'émotion au sens courant, mais une faculté de connaissance à part entière : celle qui saisit intuitivement les premiers principes – l'espace, le temps, le mouvement, les nombres – que la raison elle-même ne peut ni démontrer ni fonder, mais dont elle doit nécessairement partir. La foi relève de ce même ordre de connaissance immédiate, d'une expérience intérieure, d'une grâce, d'un abandon – non d'un syllogisme. La raison prépare la voie, mais elle ne peut pas franchir le dernier pas.

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » – Pensées, fragment 423 (Lafuma), 1670

Exemples

  • Le domaine propre de la raison : que la somme des angles d'un triangle vaut deux droits, cela se démontre – on part de définitions et d'axiomes, et l'on déduit pas à pas jusqu'à la conclusion. C'est ce cheminement démonstratif que Pascal appelle raison : un enchaînement de preuves à partir de principes déjà posés.
  • Le domaine propre du cœur : que l'espace a trois dimensions, que le temps s'écoule, qu'il existe un présent, un passé et un avenir – rien de tout cela ne se démontre ; on le sait avec une certitude au moins égale à celle des démonstrations, mais par une saisie immédiate, sans preuve.
  • Les limites de la raison en matière de Dieu : on peut démontrer rationnellement que Dieu pourrait exister, que sa non-existence est improbable – ces arguments ne convertissent personne. La foi n'est pas le terme d'un raisonnement réussi.
  • L'expérience du Mémorial (23 novembre 1654) : Pascal vit une nuit d'extase mystique qu'il note sur un parchemin cousu dans son manteau – « feu, joie, certitude ». Aucun argument philosophique n'y avait conduit. La foi est une saisie directe, non une conclusion logique.

Notes

Pascal trace une frontière nette entre les trois ordres : le corps (sensible), l'esprit (raison, science, philosophie), la charité (foi, amour, Dieu). Ces ordres sont hétérogènes – l'infini de l'un ne pèse rien face à l'infini de l'autre. La science peut décrire l'univers sans toucher d'un cheveu à la question de Dieu.

Débat

Comte : séparer foi et raison, c'est protéger la religion de toute critique en la déclarant hors-jeu. Mais c'est aussi la condamner à l'insignifiance intellectuelle. Freud : les « raisons du cœur » pascaliennes sont des désirs inconscients habillés en révélation. Kant : la raison ne peut pas prouver Dieu, mais elle peut y croire légitimement comme postulat de la raison pratique – la foi rationnelle est possible sans expérience mystique.