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Le progrès technique est une solution aux problèmes humains

Michel Serres · XXe–XXIe siècle

Thèse

Contre la nostalgie décliniste du « c'était mieux avant », Serres soutient qu'un bilan honnête et informé – non idéalisé – montre que le progrès scientifique, médical et technique a rendu la vie humaine incomparablement meilleure : moins de violence, moins de maladie, moins de mortalité précoce, plus de liberté et de confort. Le refus du progrès au nom d'un âge d'or perdu est une illusion de mémoire, pas un constat lucide.

« Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : "C’était mieux avant." Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. » – C’était mieux avant !, 2017

Exemples

  • La médecine d'avant contre la médecine d'aujourd'hui : Serres rappelle qu'avant les antibiotiques et la vaccination, la tuberculose ou la fièvre aphteuse emportaient les familles, qu'on buvait et mangeait « avec une bouche pleine d'aphtes douloureux » sans recours, et que la mortalité infantile était massive. La technique médicale n'a pas dénaturé la vie – elle l'a arrachée à la souffrance et à la mort précoce.
  • La violence en déclin : selon Serres, la guerre, la violence et le terrorisme réunis représentent aujourd'hui moins de 1 % des causes de mortalité dans le monde – la courbe de la violence ne cesse de s'approcher de zéro depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui regrettent le passé oublient qu'ils y auraient vécu sous Franco, Hitler, Mussolini, Staline ou Mao.

Notes

Serres s'inscrit à contre-courant du déclinisme ambiant. Son dernier essai, C'était mieux avant !, bâtit son optimisme sur des comparaisons vécues entre son enfance rurale et le présent, pas sur des statistiques abstraites.

Débat

Ellul : le progrès technique crée autant de problèmes nouveaux qu'il en résout – chaque solution engendre des défis imprévus (crise écologique, dépendance numérique) que Serres minimise. Jonas : un bilan optimiste du passé ne garantit rien sur l'avenir – les effets de long terme et les irréversibilités (climat, biodiversité) exigent la prudence, pas l'enthousiasme. Heidegger : mesurer le progrès au confort et à la survie, c'est déjà avoir adopté le cadre calculateur de la technique – cela ne dit rien de notre rapport à l'être, qui peut s'appauvrir même quand la vie matérielle s'améliore.