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Le développement technique aliène l'homme

Karl Marx · XIXe siècle

Thèse

Dans le capitalisme, la machine n'est pas au service de l'ouvrier – c'est l'ouvrier qui est au service de la machine. Le développement technique sous le capital renverse le rapport : l'homme devient l'appendice de l'outil qu'il a créé. La technique, qui devrait être un instrument de libération, devient un instrument de domination.

« Ici, ce n'est pas l'ouvrier qui utilise les moyens de production, mais les moyens de production qui utilisent l'ouvrier. » – Le Capital, Chapitre VI, 1867

Exemples

  • La machine comme maître : l'ouvrier à la chaîne règle son rythme sur celui de la machine – c'est elle qui impose la cadence, la répétition, la posture. L'outil n'obéit plus à l'homme ; c'est l'homme qui obéit à l'outil. L'inversion est totale.
  • La déqualification technique : les machines remplacent progressivement les savoir-faire artisanaux. L'ouvrier spécialisé perd son expertise – il devient interchangeable, réductible à la surveillance d'un automate. La technique développée sous le capital détruit le travail qualifié qu'elle prétend faciliter.

Notes

Marx ne s'oppose pas à la technique en elle-même – il s'oppose à la technique sous le capitalisme. Dans une société communiste, les mêmes machines pourraient libérer les travailleurs de tâches pénibles et réduire le temps de travail. Ce n'est pas la technique qui aliène – ce sont les rapports de propriété dans lesquels elle s'inscrit.

Débat

Heidegger : même dans une société non capitaliste, la technique moderne aliène – son essence (l'arraisonnement) est indépendante des rapports de production. Ellul : Marx a tort de croire qu'une transformation politique suffit – la technique forme un système autonome qui transcende les régimes. Descartes : l'aliénation n'est pas dans la technique mais dans son mauvais usage – la science bien orientée peut produire des machines qui libèrent.