L'insociable sociabilité
Thèse
L'homme est animé par deux tendances contraires : l'une qui le pousse à se rapprocher des autres, à coopérer, à vivre en société ; l'autre qui l'incline à la solitude, à l'égoïssme, à la satisfaction de ses propres besoins. Cette tension entre deux mouvements opposés se traduit par des comportements ou situations fertiles : rivalité, ambition, créativité, résistance. Elle est le moteur du progrès humain.
« J'entends ici par antagonisme l'insociable sociabilité des hommes, c'est-à-dire une inclination à entrer en société, inclination qui est cependant doublée d'une répulsion générale à le faire, menaçant constamment de désagréger cette société. » – IdIdée d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, in La Philosophie de l'histoire, trad. S. Piobetta, © Aubier, 1986, pp. 64-65
Exemples
- La sociabilité : pour réussir, un entrepreneur a besoin des autres – clients, associés, infrastructures (routes, énergies...), marché.
- L'insociabilité : ce même entrepreneur veut surpasser ses concurrents, s'imposer, se distinguer, gagner plus d'argent que les autres – il est fondamentalement rivalitaire.
- Cette friction entre sociabilité et insociabilité est ce qui pousse à innover, à se dépasser. Elle met tous les entrepreneurs en concurrence, elle les oblige à inventer de nouveaux produits, à réagir aux évolutions du marché. C'est ainsi que l'insociable sociabilité fait avancer la civilisation.
Notes
Kant y voit le paradoxe moteur de l'histoire humaine. Ce concept annonce les théories modernes de la compétition et de la concurrence saine comme source de progrès.
Débat
Marx : l'insociabilité n'est pas naturelle mais produite par les conditions économiques et la propriété privée. Rousseau : c'est la société elle-même qui corrompt l'homme, qui est à l'état de nature bon et pacifique.