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L'insociable sociabilité

Emmanuel Kant · XVIIIe siècle

Thèse

L'homme est animé par deux tendances contraires : l'une qui le pousse à se rapprocher des autres, à coopérer, à vivre en société ; l'autre qui l'incline à la solitude, à l'égoïssme, à la satisfaction de ses propres besoins. Cette tension entre deux mouvements opposés se traduit par des comportements ou situations fertiles : rivalité, ambition, créativité, résistance. Elle est le moteur du progrès humain.

« Sans ces qualités d'insociabilité, peu sympathiques certes par elles-mêmes [...], tous les talents resteraient à jamais enfouis en germes, au milieu d'une existence de bergers d'Arcadie, dans une concorde, une satisfaction, et un amour mutuels parfaits. » – Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 4e proposition, 1784

Exemples

  • La sociabilité : pour réussir, un entrepreneur a besoin des autres – clients, associés, infrastructures (routes, énergies...), marché.
  • L'insociabilité : ce même entrepreneur veut surpasser ses concurrents, s'imposer, se distinguer, gagner plus d'argent que les autres – il est fondamentalement rivalitaire.
  • Cette friction entre sociabilité et insociabilité est ce qui pousse à innover, à se dépasser. Elle met tous les entrepreneurs en concurrence, elle les oblige à inventer de nouveaux produits, à réagir aux évolutions du marché. C'est ainsi que l'insociable sociabilité fait avancer la civilisation.

Notes

Kant y voit le paradoxe moteur de l'histoire humaine. Ce concept annonce les théories modernes de la compétition et de la concurrence saine comme source de progrès.

Débat

Marx : l'insociabilité n'est pas naturelle mais produite par les conditions économiques et la propriété privée. Rousseau : c'est la société elle-même qui corrompt l'homme, qui est à l'état de nature bon et pacifique.