L'homme n'a rien d'unique dans la nature : il n'est que le résultat de l'évolution
Thèse
L'homme n'est pas une créature à part, façonnée par un créateur ou dotée d'une âme spéciale – il est le résultat d'un processus aveugle et lent : la sélection naturelle. Ses facultés mentales, morales et sociales ne sont pas d'une autre nature que celles des animaux – elles en sont le prolongement graduel. Il n'y a pas de rupture entre l'homme et l'animal, seulement une continuité.
« Il me semble que nous devons reconnaître que l'homme, malgré toutes ses nobles qualités, la sympathie qu'il éprouve pour les plus grossiers de ses semblables, la bienveillance qu'il étend aux derniers des êtres vivants, malgré l'intelligence divine qui lui a permis de pénétrer les mouvements et la constitution du système solaire – malgré toutes ces facultés d'un ordre si éminent –, nous devons reconnaître que l'homme conserve encore dans son organisation corporelle le cachet indélébile de son origine inférieure. » – La Filiation de l'homme, 1871
Exemples
- La continuité anatomique : le squelette humain est homologue à celui des autres mammifères – mêmes os, même structure, mêmes organes. Nous sommes un primate parmi les primates, façonné par les mêmes forces évolutives que les autres.
- La continuité mentale et morale : les émotions sociales (la peur, l'attachement, l'empathie, la curiosité) existent chez les mammifères supérieurs. La morale humaine est un prolongement de ces instincts sociaux – non une rupture mystérieuse avec la nature animale.
Notes
Darwin ne tire pas de conclusions nihilistes de sa découverte – il observe que « la basse origine » n'empêche pas la grandeur. Mais il ruine définitivement le dualisme cartésien et le récit créationniste. Ses implications philosophiques ont été développées par les éthologues du XXe siècle.
Débat
Descartes : une origine commune n'implique pas une nature identique – l'âme humaine reste irréductible au mécanisme biologique. Jonas : l'homme est certes issu de l'évolution, mais il en est sorti – sa capacité de destruction planétaire lui confère une responsabilité unique qu'aucun autre être naturel ne possède. Sartre : même si Darwin a raison biologiquement, l'existence précède l'essence – l'homme se définit par ses choix, non par son évolution.