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L'homme occupe une place unique dans la nature : il a une âme et le libre arbitre

René Descartes · XVIIe siècle

Thèse

Si le corps humain, comme celui de l'animal et comme toute matière en général, n'est jamais qu'un mécanisme de chair et d'os obéissant aux lois du mouvement, qu'est-ce qui empêcherait de réduire l'homme entier à une horlogerie sophistiquée, sans plus de dignité qu'une machine bien réglée ? C'est cette menace que Descartes cherche à écarter : les animaux sont des automates – des machines biologiques qui fonctionnent selon les lois mécaniques de la nature, sans âme ni pensée. L'homme seul possède une âme rationnelle qui le soustrait à la pure mécanique naturelle. Cette âme lui confère le langage vrai, le libre arbitre et une dignité radicalement supérieure à tout ce qui existe dans la nature.

« Ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout. » – Discours de la méthode, Ve partie, 1637

Exemples

  • L'animal-machine (sans âme) : le chien qui crie sous les coups fonctionne comme une horloge qui sonne – pure mécanique biologique. Ses réactions sont des mécanismes, non des souffrances au sens propre. L'animal ne pense pas, ne délibère pas, n'a pas conscience de lui-même.
  • L'homme (avec âme) : même le moins intelligent des hommes produit un discours adapté à toutes les situations, comprend une métaphore, répond à une question jamais posée. Cette plasticité du langage révèle une raison irréductible à tout mécanisme – elle prouve la présence d'une âme.

Notes

La thèse de l'animal-machine est l'une des positions les plus controversées de Descartes – elle a des implications pratiques brutales (vivisection sans anesthésie au XVIIe siècle). Elle découle directement du dualisme âme/corps : si l'âme seule pense, et si les animaux n'ont pas d'âme, alors ils n'ont pas de vie intérieure. Darwin et les neurosciences modernes l'ont ruinée.

Débat

Darwin : l'homme n'est pas séparé de la nature animale par une âme – il en est le produit continu. Les différences entre l'homme et l'animal sont de degré, non de nature. Montaigne : les animaux ont mémoire, affection, intelligence pratique. Montesquieu : si les triangles avaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés – l'âme humaine est peut-être une projection de notre besoin de nous distinguer.