La culture fait perdre à l'homme ses qualités naturelles : l'homme civilisé devient faible et méchant
Thèse
Un homme civilisé, livré à lui-même en pleine forêt sans aucun outil, aurait le plus grand mal à trouver de quoi manger, se protéger du froid ou soigner la moindre blessure – dépendant qu'il est devenu de ses médecins, de ses commerçants, de ses outils. L'homme naturel, lui, se suffisait entièrement à lui-même. C'est ce constat qui pousse Rousseau à soutenir que l'homme à l'état de nature est bon, libre et fort. Ce n'est pas la nature qui le corrompt – c'est la société, la propriété, les arts et les sciences qui engendrent l'inégalité, la vanité, l'envie et la dépendance. La civilisation ne réalise pas l'homme : elle le défigure.
« Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l'homme. » – Émile, Livre I, 1762
Exemples
- L'homme naturel (bon et fort) : seul, sans propriété ni comparaison avec autrui, il satisfait ses besoins simples avec les ressources de la nature. Il ne connaît ni envie, ni orgueil, ni cruauté calculée. La pitié naturelle le retient de nuire sans raison.
- L'homme civilisé (faible et méchant) : la propriété privée a engendré l'inégalité ; l'inégalité a engendré l'amour-propre et la rivalité ; la rivalité a engendré la fausseté, la flatterie, la violence codifiée. L'homme policé est esclave de l'opinion des autres – il ne sait plus être lui-même.
Notes
Rousseau ne propose pas un retour à la forêt – il sait que l'état de nature est révolu. Son but est de comprendre pourquoi les hommes sont malheureux malgré le progrès, et de refonder la société sur des bases plus justes (le contrat social). La critique de la civilisation est un diagnostic, non une nostalgie.
Débat
Kant : l'homme naturel n'est pas bon – il est simplement inachevé. C'est l'éducation et la culture qui le réalisent. Hobbes : l'état de nature est une guerre de tous contre tous – c'est la société qui pacifie. Freud : la civilisation réprime les pulsions, certes – mais sans cette répression il n'y aurait ni culture ni bonheur durable. Ce que Rousseau appelle « bonté naturelle » est simplement l'absence de contrainte, non une vertu positive.