Il faut vivre selon la nature pour être heureux
Thèse
Un arbre pousse selon sa propre nature, sans jamais chercher à devenir autre chose qu'il n'est – ni plus grand que ce que son espèce permet, ni chargé de fruits au-delà de sa capacité : et c'est précisément là qu'il s'épanouit pleinement. Sénèque applique cette même logique à l'homme : vivre heureux, c'est vivre conformément à sa nature – c'est-à-dire selon la raison, qui est ce qu'il y a de proprement humain et de divin en nous. La nature ne demande pas le luxe ni l'excès : elle demande peu. S'y conformer, c'est se libérer des désirs artificiels et des agitations inutiles qui nous éloignent de nous-mêmes.
« Vivre heureux, mon frère Gallion, voilà ce que veulent tous les hommes ; quant à bien voir ce qui fait le bonheur, quel nuage sur leurs yeux ! [...] C'est donc une même chose, que vivre heureux et vivre selon la nature. » – Sénèque, De la vie heureuse, I et VIII
Exemples
- Les désirs contre-nature (à fuir) : accumuler des palais, multiplier les banquets, courir après les honneurs – ces agitations épuisent sans jamais combler. Elles contredisent notre nature rationnelle en nous rendant esclaves de l'extérieur.
- Les besoins naturels (à satisfaire) : se nourrir simplement, se vêtir, avoir un abri, penser et philosopher – ce que la nature réclame vraiment est accessible à presque tous. C'est l'artifice, non la nature, qui crée la pénurie de bonheur.
Notes
Pour les Stoïciens, « vivre selon la nature » ne signifie pas vivre comme un animal – c'est vivre selon la nature rationnelle de l'homme, qui fait partie du Logos universel. Sénèque entend par « nature » non la nature brute, mais la raison qui nous est propre.
Débat
Mill : « suivre la nature » est soit tautologique (on ne peut faire autrement), soit absurde (la nature est cruelle et amorale). Rousseau : l'homme naturel est heureux, mais c'est la société qui l'en éloigne – non ses désirs artificiels seuls. Épicure : vivre selon la nature, c'est satisfaire les désirs naturels et nécessaires – mais la raison stoïcienne de Sénèque est encore trop exigeante.