La conscience de notre mortalité nous rend malheureux
Thèse
L'homme est le seul être qui sait qu'il va mourir. Cette conscience de sa finitude, de son néant et de sa misère est la source fondamentale de son malheur. Mais cette même conscience fait aussi toute sa grandeur : un roseau que la nature entière pourrait écraser d'une goutte d'eau reste plus noble que ce qui le détruit, parce que lui seul sait qu'il meurt – la nature l'ignore. La misère de l'homme n'est donc pas séparable de sa dignité : l'une et l'autre viennent de la même pensée.
« L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt. » – Pensées, fragment 200, 1670
Exemples
- L'animal (sans conscience) : le chien court, mange, dort – sans jamais porter le poids de sa propre mort future. Il habite pleinement l'instant, sans angoisse existentielle.
- L'homme (avec conscience) : il sait qu'il mourra, que ceux qu'il aime mourront, que tout ce qu'il construit sera détruit. Cette certitude invisible pèse sur chaque moment. C'est pour la fuir qu'il s'étourdit, s'occupe, se divertit sans relâche.
Notes
Pour Pascal, cette misère a une contrepartie : la conscience de sa propre grandeur. L'homme écrasé par l'univers lui est supérieur – parce qu'il sait qu'il est écrasé. La grandeur et la misère humaines ont la même source : la conscience. Son remède : non le divertissement, mais Dieu.
Débat
Épicure : la mort ne doit pas être crainte – quand elle est là, nous ne sommes plus. La conscience de la mort est un problème résolu par la raison, non une blessure incurable. Heidegger : la conscience de la mort n'est pas une misère – elle est ce qui rend l'existence authentique et singulière, elle me rend mon ipséité. Camus : la conscience de la mort engendre l'absurde, mais la réponse n'est ni le divertissement ni Dieu – c'est la révolte.