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L'économie du bonheur – le calcul utilitaire

Jeremy Bentham · XVIIIe–XIXe siècle

Thèse

Faut-il construire un nouvel hôpital ou financer un stade sportif avec le même budget ? Un décideur qui suivrait Bentham à la lettre ferait la liste de tous les plaisirs et de toutes les souffrances que chaque option engendrerait, pour chaque personne concernée, en pondérant leur intensité et leur durée, avant de choisir l'option au total le plus élevé. Le bonheur est en effet, pour Bentham, la somme des plaisirs moins la somme des peines. La nature a placé l'homme sous l'empire du plaisir et de la douleur – tout acte moral ou politique doit être jugé à l'aune d'un seul principe : produire le plus grand bonheur du plus grand nombre. Le bonheur se calcule, se mesure, se maximise.

« La nature a placé l'humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains : la douleur et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de nous indiquer ce que nous devons faire. » – Introduction aux principes de morale et de législation, 1789

Exemples

  • Le calcul utilitaire en politique : une loi est juste si elle produit plus de bonheur que de malheur pour l'ensemble de la société. On pèse les effets concrets – pas les intentions ni les principes abstraits.
  • La limite du calcul : si torturer un innocent sauve mille vies – le calcul utilitaire dit : faites-le. Mais notre conscience morale proteste. Ce paradoxe révèle que le bonheur ne peut pas être le seul critère moral.

Notes

Bentham est le père de l'utilitarisme – la philosophie morale la plus influente dans les politiques publiques modernes, de l'économie du bien-être à l'analyse coûts-bénéfices.

Débat

Kant : un acte est moral selon son principe, non ses conséquences – on ne peut pas torturer un innocent même pour sauver mille vies. Mill : tous les plaisirs ne se valent pas – les plaisirs intellectuels sont supérieurs. Rawls : le bonheur de la majorité ne peut pas justifier le sacrifice d'un innocent.