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Notre bonheur aide les autres à être heureux

Alain (Émile-Auguste Chartier) · XIXe–XXe siècle

Thèse

Être heureux n'est pas seulement un droit – c'est un devoir envers les autres. Le bonheur est contagieux : un homme heureux réchauffe, rassure et stimule ceux qui l'entourent. À l'inverse, la tristesse et le pessimisme pèsent sur autrui. Mais surtout : le bonheur ne s'attend pas – il se décide. C'est un acte de volonté, un effort continu sur soi-même, non le résultat passif de circonstances favorables.

« Ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux. » – Propos sur le bonheur, 1925

Exemples

  • Le pessimiste (égoïste) : celui qui se plaint, qui broie du noir, impose son humeur aux autres – il les alourdit, les contamine, rend l'atmosphère irrespirable. Alain ne dit pas que la souffrance est illégitime : il dit que la complaisance dans la mauvaise humeur est un choix – souvent inconscient – et qu'il a un coût pour autrui. C'est en ce sens une forme d'égoïsme, voire de violence douce.
  • L'homme heureux (généreux) : celui qui s'efforce d'être de bonne humeur – même sans raison particulière, même contre les circonstances – crée autour de lui un espace où les autres respirent mieux, osent davantage, se sentent moins seuls. Ce n'est pas de la naïveté ni du déni : c'est un effort actif sur ses propres pensées, une discipline quotidienne.

Notes

Alain est profondément stoïcien dans son inspiration : comme Épictète (Manuel), il distingue ce qui dépend de nous (nos pensées, nos jugements, nos humeurs) de ce qui n'en dépend pas (les événements, la fortune, autrui). Le bonheur est du côté de ce qui dépend de nous – c'est pourquoi il peut être décidé. Le rapprochement avec Spinoza est également juste : dans l'Éthique (1677), les affects joyeux augmentent la puissance d'agir (conatus) – ils renforcent l'être. Les affects tristes la diminuent. Alain sécularise et vulgarise cette intuition : être heureux, c'est augmenter sa propre puissance et celle des autres.

Débat

Schopenhauer : la Volonté métaphysique nous dépasse, et nos humeurs sont des expressions de cette Volonté aveugle, non des choix libres. Rousseau : le bonheur est dans le désir et l'anticipation – non dans une discipline volontaire de bonne humeur. Pascal : l'homme ne peut pas décider d'habiter le présent – son malheur est structurel, lié à sa condition de créature consciente de sa misère et de sa finitude. Le divertissement est précisément la tentative de fuir cette vérité par l'agitation et l'activité.