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Le bonheur est dans le désir, pas dans la satisfaction

Jean-Jacques Rousseau · XVIIIe siècle

Thèse

Le bonheur ne réside pas dans la possession ni dans la satisfaction des désirs – il est dans l'élan lui-même vers ce qu'on n'a pas encore. La possession déçoit toujours parce que le réel ne comble jamais tout à fait l'imaginaire qui le précédait. C'est l'espérance, l'anticipation, le mouvement vers qui constituent le bonheur véritable – non l'arrivée.

« On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. » – Julie ou La Nouvelle Héloïse, 1761

Exemples

  • Le bonheur dans l'attente : les semaines avant un voyage, une rencontre attendue, un projet en gestation – cette période d'anticipation est souvent plus intense et plus douce que le moment lui-même. L'imagination embellit ce qui n'est pas encore là ; elle le pare de tout ce qu'on désire qu'il soit. C'est précisément parce que le réel est absent qu'il peut être parfait.
  • La déception de la possession : on obtient enfin ce qu'on voulait – et quelque chose se dérobe. L'hôtel est décevant, la rencontre banale... Le réel est toujours moins que l'imaginé. La possession colmate le désir et avec lui le mouvement qui faisait le bonheur. Ce n'est pas que l'objet obtenu soit mauvais – c'est que nul objet réel ne peut égaler l'objet imaginé qui le précédait.

Notes

À l'opposé du tonneau des Danaïdes de Platon (le désir comme supplice), Rousseau voit dans le désir une richesse. Proust dira quelque chose d'analogue sur la mémoire et l'attente : dans À la recherche du temps perdu, la vraie joie n'est ni dans le présent vécu (toujours décevant) ni dans l'attente, mais dans la réminiscence involontaire – le passé retrouvé par la mémoire. C'est une variante du même diagnostic : le présent immédiat est toujours raté ; le bonheur est ailleurs dans le temps.

Débat

Schopenhauer : le désir relance toujours le cycle souffrance-ennui ; Rousseau y voit de la douceur là où Schopenhauer voit le supplice. Alain : le bonheur ne se trouve ni dans l'attente ni dans la possession – il se décide dans l'instant présent par un acte de volonté. Pascal : cette incapacité fondamentale de l'homme à se suffire du présent est la structure même du malheur.